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Lettre ouverte à Son Excellence Monsieur le Président de la République Islamique de Mauritanie

Mardi 3 Juin 2025

Objet : Demande urgente de relocalisation du marché dit "Pousse-Pousse" installé sur le site historique de Dinguiral Mamadou Njaay à Kayhaydi



Kayhaydi, le 2 juin 2025
Son Excellence Monsieur le Président,
Nous, habitantes et habitants de la commune de Kayhaydi, nous adressons à Votre Excellence avec tout le respect et la déférence dus à votre haute fonction, afin de porter à votre connaissance une situation préoccupante qui touche à la mémoire collective, à l’environnement, ainsi qu’à la qualité de vie de notre communauté.
Le marché dit "Pousse-Pousse", récemment installé sur le site historique de Dinguiral Mamadou Njaay, occupe un espace profondément ancré dans l’histoire et l’identité de notre localité. Ce lieu, jadis carrefour d’échanges et point de rassemblement communautaire, constitue un patrimoine symbolique irremplaçable pour nos populations.
Or, l’implantation actuelle de ce marché engendre plusieurs nuisances majeures que nous souhaitons soumettre à votre bienveillante attention :

Atteinte grave au patrimoine historique et à la mémoire collective de notre région ;

Dégradation inquiétante de l’environnement urbain et insalubrité ;

Perturbation importante de la circulation et de la mobilité des habitants ;

Augmentation sensible de l’insécurité dans les quartiers riverains.

Votre Excellence, malgré une délibération officielle du conseil municipal demandant le démantèlement et la relocalisation de ce marché, aucune mesure concrète n’a été prise à ce jour. Cette inertie prolonge le désordre et alimente un sentiment d’abandon profond au sein de notre population.
Nous sollicitons respectueusement l’intervention de Votre Excellence afin d’ordonner, dans les plus brefs délais, la relocalisation de ce marché vers un site approprié, aménagé conformément aux normes sociales et urbaines, garantissant à la fois la continuité de l’activité commerciale et la préservation de notre patrimoine historique.
Nous nourrissons l’espoir que votre haute sollicitude saura répondre favorablement à notre requête, pour le bien-être des habitants de Kayhaydi et la sauvegarde de notre identité commune.
Veuillez agréer, Son Excellence Monsieur le Président, l’expression de notre plus profond respect et de notre haute considération.

Signataires :

Mamoudou Ali - Abdurahim

Mamadou Saidou Kane

Amadou Samba Lo

Sy Abdoul

Rougui Diop

Rougui Ly

Ndeye Ba

Mariam Ndiaye

Fama Sy

Oumar Ndiaye

Mari Ndiaye

Fatimata Habibou Thiam

Thiam Cheikh Oumar

Saydou Ibrahima Thiam

Abdoulaye Ba

Aichetou Abdurahim

Khadijetou Mamoudou

Lamine Abdoul Kane

Aissata Tahirou Sy

Toulaye Gaye

Moulay Gaye

Baba Galle

Doro Kane

Fall Ousseinou

Aissata Abou Waiga

Baya Kante

Dieynaba Ndiaye

Kadia Sow

Rougui Ba

Hawa Sidibé

Bintou Gueye

Hapsa Sow

Diamy Seck

Tako Sidibé

Binta Sow

Dadda Mint Ahmed

Neene Tokossel Ndiaye

Maymouna Ndiaye

Baya Ndiaye

Zeynabou Ndiaye

Mamma Youssouf Tandia

Oumou Kalthoum Alioune Diop

Mariam Alioune Diop

Mame Mariam Tall

Abdoulaye Sakho

Abdoulaye Kane

Cheikh Saadbouh Tandia

Mahamadou Bacary Tandia

Bacary Sikhou Wagué

Samba Amara Koïta

Wagué Cheikhna

Dr Diango Samba Wagué

Tidiane Mohamed Semega

Hawa Papa Ndiaye

Bacary Koïta

Diegui Ndiaye

Bakary Tidiane Koïta

Baba Choyibou Marega

Dr Marigata Mouhamadou Wagué

Ami Cheikh Anne

Ablaye Guidado Diagana

Bambou Amadou Diagana

Mohamed Badieye Tandia

Thierno Idrissa Tandia

Mbouh Seta Diagana

Cherif Sanghott

Amadou Tidiane Mbaye

Mamoudou Diop

Mohamed Tandia

Ousmane Sy

Abdoulaye Guisse

Baidy Guisse

Ba Abdoulaye Mamadou Nalla dit Baboye

Mamoudou Aali - Abdoulaye Touré dit Vieux

Ba Amadou Cheikh

Moctar Abdourahim Touré

Ba Cheikh Tidjane dit Alpha

Babouna Khalifa Diakité

Bintou Abdourahim Touré

Habsatou Abdourahim Touré

Ba Amadou Oumar

Thierno Ousmane Ba

رسالة مفتوحة إلى فخامة رئيس الجمهورية الإسلامية الموريتانية

الموضوع: طلب عاجل لنقل السوق المسمى "بوس بوس" الموجود في الموقع التاريخي دنجيرال مامادو نجاى في كايهايدي

كايهايدي، 2 يونيو 2025
فخامة الرئيس،
نحن، سكان بلدية كايهايدي، نتوجه إلى حضرتكم بكل احترام وتقدير، لنلفت عنايتكم إلى وضع يهم ذاكرة مجتمعنا وبيئتنا وجودة حياتنا.
السوق المسمى "بوس بوس"، والذي تم تركيبه مؤخرًا في الموقع التاريخي دنجيرال مامادو نجاى، يحتل مساحة ذات جذور عميقة في تاريخ وهوية منطقتنا. هذا المكان كان سابقًا ملتقى للتبادل ومركزًا لتجمع المجتمع، وهو اليوم يمثل رمزًا لا يُعوَّض من تراثنا.
لكن، فإن وجود السوق في هذا المكان يسبب العديد من المشاكل التي نود إبلاغكم بها:

الإضرار الخطير بالتراث التاريخي وذاكرة مجتمعنا؛

تدهور بيئي ملحوظ وعدم نظافة في المنطقة؛

اضطراب كبير في حركة السير والتنقل للسكان؛

زيادة ملحوظة في حالة عدم الأمان في الأحياء المجاورة.

فخامتكم، رغم قرار المجلس البلدي الرسمي القاضي بهدم السوق ونقله، لم يتم اتخاذ أي إجراء ملموس حتى اليوم. هذا التقاعس يؤدي إلى استمرار الفوضى ويغذي شعور الإهمال لدى سكاننا.
نلتمس من حضرتكم التدخل الكريم لتوجيه الجهات المختصة بضرورة نقل السوق في أقرب وقت ممكن إلى موقع مناسب، يتم تجهيزه وفق المعايير الاجتماعية والحضرية، بما يضمن استمرار النشاط التجاري وحماية تراثنا التاريخي في الوقت ذاته.
نأمل أن تحظى طلبنا باهتمامكم العالي، لما فيه مصلحة سكان كايهايدي وحفظ هويتنا المشتركة.
وتفضلوا، فخامة الرئيس، بقبول فائق الاحترام والتقدير.

الموقعون:

مامودو علي - عبد الرحيم

مامادو سايدو كان

أمادو سامبا لو

سي عبدول

روقي ديوب

روقي لي

ندي با

مريم نداي

فاما سي

عمر نداي

ماري نداي

فاطمة حبيبو تيام

تيام شيخ عمر

سايدو إبراهيم تيام

عبد الله با

عيشة عبد الرحيم

خديجة مامودو

لامين عبد الله كان

عائشة طاهرو سي

تولاية غاي

مولاي غاي

بابا جالي

دورو كان

فال أوسينو

عائشة أبو ويغا

بايا كانتي

ديانيبا نداي

كادية سو

روقي با

هوا سيديب

بنتو غي

هبسة سو

ديامي سيك

تاكو سيديب

بنتا سو

دادا منت أحمد

نيني توكسيل نداي

ميمونا نداي

بايا نداي

زينب نداي

ماما يوسف تاندي

أومو كالثوم عليون ديوب

مريم عليون ديوب

مامي مريم تال

عبد الله ساخو

عبد الله كان

شيخ سعدبو تاندي

محمد بكاري تاندي

بكاري سيخو واجي

سامبا أمارة كويتا

واجي شيخنا

الدكتور ديانغو سامبا واجي

تياني محمد سميغا

هوا بابا نداي

بكاري كويتا

ديغوي نداي

بكاري تياني كويتا

بابا شويبو ماريغا

الدكتور ماريجاتا محمد واجي

آمي شيخ آن

أبلاتي جيدادو دياغانا

بامبو أمادو دياغانا

محمد بادي تاندي

ثيرنو إدريسا تاندي

مبوه سيتا دياغانا

شريف سانغوط

أمادو تياني مباي

مامودو ديوب

محمد تاندي

عثمان سي

عبد الله جيس

بيدي جيس

با عبد الله مامادو نالا المعروف بابوي

مامودو عالي - عبد الله تورى المعروف بالقديم

با أمادو شيخ

مختار عبد الرحيم تورى

با شيخ تيجان المعروف ألفا

بابونا خليفة دياكيتي

بنتو عبد الرحيم تورى

حبستو عبد الرحيم تورى

با أمادو عمر

ثيرنو عثمان ب







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Ce qui menace le dialogue national n’est pas le désaccord

Le chauffeur de taxi qui m’emmenait vers Tevragh-Zeina ne parlait pas du troisième mandat. Il parlait du prix du carburant. Le jeune diplômé rencontré dans un café de Nouakchott ne parlait pas des équilibres institutionnels. Il parlait des CV qu’il dépose depuis des mois sans réponse. La mère de famille ne parlait pas de 2029. Elle parlait de la liste des courses qu’elle réduit chaque semaine un peu plus. En les écoutant, une question s’est imposée à moi.

Et si le problème de la Mauritanie n’était pas l’absence de dialogue ?
 

Car pendant que le pays politique débat du cadre d’un futur dialogue, une autre Mauritanie attend des preuves. Car il faut le dire clairement. Le véritable risque n’est pas que ce dialogue échoue. Le pays en a vu d’autres échouer et il est toujours debout. Le véritable risque est qu’à force de rendez-vous sans lendemain, les Mauritaniens cessent de croire qu’un dialogue puisse changer quoi que ce soit à leur vie. Une nation survit à un désaccord politique. Elle survit beaucoup plus difficilement à l’épuisement de sa confiance.
 
Notre histoire récente éclaire ce danger mieux qu’aucune théorie. Les concertations se sont succédé depuis quinze ans. Les commissions ont produit leurs rapports, les experts leurs recommandations, les partis leurs plateformes. Le papier ne manque pas. C’est la suite donnée au papier qui manque. Or chaque cycle de promesses sans résultats n’est pas une opération neutre. C’est un retrait sur un compte qui ne se recrédite pas facilement, celui de la confiance des citoyens dans la capacité de la politique à produire des effets. Le père qui a entendu trois fois que l’école serait réformée et qui voit le niveau de ses enfants reculer n’écoute plus les annonces. Il cherche une école privée qu’il ne peut pas payer.
 
Le villageois de l’intérieur qui attend depuis des années un acte d’état civil ne se demande plus quand l’administration viendra à lui. Il se demande s’il compte encore pour elle. Ces renoncements silencieux ne font la une d’aucun journal. Ils défont pourtant un pays plus sûrement qu’une crise ouverte. Les crises les plus dangereuses ne sont pas toujours celles qui font du bruit. Ce sont souvent celles qui usent l’espérance sans bruit. C’est à cette lumière qu’il faut regarder le débat actuel. Depuis des mois, une part considérable de l’attention publique se concentre sur la question des mandats et sur l’horizon de 2029. La préoccupation n’est pas illégitime. Aucune démocratie ne fait l’économie de la question de l’alternance. Mais le citoyen mauritanien ne vit pas dans le calendrier électoral. Il vit dans le calendrier de ses difficultés.
 
Le fonctionnaire regarde son salaire perdre, mois après mois, un peu de sa valeur. L’éleveur guette la pluie et le prix de l’aliment de bétail. Le pêcheur espère que la mer et le marché lui laisseront de quoi vivre. Le retraité fait le compte de ce qui lui reste. Pendant que les états-majors anticipent la prochaine échéance, eux cherchent d’abord à traverser le mois. Chaque semaine consacrée aux spéculations de demain au détriment des urgences d’aujourd’hui confirme, aux yeux de millions de Mauritaniens, le soupçon le plus corrosif qui soit. Celui d’une politique qui se parle à elle-même. Ce soupçon a des racines plus anciennes que la conjoncture. La Mauritanie traverse depuis longtemps une crise de la perception.
 
Une partie des citoyens se vit comme tenue à l’écart. D’autres ressentent une inégalité de traitement, un favoritisme, parfois un abandon. Ces perceptions ne recouvrent pas toujours la réalité dans le détail. Elles produisent pourtant des effets parfaitement réels. Une perception d’injustice nourrit la frustration. Une perception d’exclusion pousse au retrait. Une perception d’abandon défait peu à peu le sentiment d’appartenir à un même pays.
 
Le passif humanitaire et les questions de mémoire appartiennent à cette catégorie de blessures que le silence n’a jamais refermées. On ne bâtit pas une nation en demandant à une part de ses enfants d’oublier ce que l’autre préférerait ne pas avoir à regarder.
La diversité mauritanienne, qui fait la richesse du pays, exige un travail permanent d’écoute et de reconnaissance. La cohésion nationale n’est pas un supplément d’âme que l’on ajoute une fois l’économie réglée. Elle est la condition de tout le reste.
 
Voilà l’enjeu réel du moment.
 
Voilà pourquoi le dialogue qui s’annonce mérite mieux que le scepticisme ambiant. Il n’est pas une fin. Il est un test. Un révélateur. Une occasion, peut-être la dernière avant longtemps, de démontrer que la parole publique peut encore produire des actes. Ce test survient à un moment singulier de notre histoire, et cette singularité crée une responsabilité. La Mauritanie d’aujourd’hui dispose d’atouts que la Mauritanie d’hier n’avait pas. Ses institutions ont traversé les dernières années sans rupture, dans une région où cela est devenu rare. Sa diplomatie a gagné en crédit. Le gaz de Grand Tortue Ahmeyim a commencé de couler et les arbitrages qui décideront s’il finance des écoles et des emplois ou s’il se dissout en importations se prennent maintenant. Dans un Sahel qui se défait, le pays occupe une position d’exception qu’il faut entretenir, jamais considérer comme acquise. Jamais l’État n’a eu autant de moyens de traiter des questions qu’il repousse depuis si longtemps. Une génération nombreuse arrive à l’âge adulte. Elle jugera ses aînés non sur ce qu’ils auront dit, mais sur ce qu’ils auront fait de cette conjoncture.
 
Les fenêtres de l’histoire ne préviennent jamais lorsqu’elles se referment. Encore faut-il une méthode. Car la confiance ne se décrète pas. Elle se vérifie. Nous savons identifier nos maux, rédiger des diagnostics, réunir des experts. Ce que nous maîtrisons moins, c’est l’art d’assurer la suite d’une décision une fois les lumières éteintes et la salle vidée. Un dialogue utile se jugerait donc non sur ses discours d’ouverture ou ses communiqués de clôture, mais sur ses résultats. Chaque engagement devrait sortir de la salle avec un responsable clairement identifié, une échéance précise et un indicateur que chacun peut consulter.
 
Un comité de suivi, où majorité et opposition siégeraient à parité, rendrait compte chaque année de l’avancement des décisions devant le Parlement et devant le pays. Rien de tout cela n’exige un génie particulier. Cela demande simplement d’accepter d’être jugé sur autre chose que sa présence à la tribune. Ce critère engage tout le monde. Un pouvoir qui veut réellement réformer n’a aucune raison de refuser un suivi qui l’oblige. Une opposition qui veut réellement peser n’a aucune raison de refuser d’y siéger. Le premier ne réussira pas seul, car une réforme imposée sans adhésion s’use dès la première alternance.
 
La seconde ne se construira pas dans la seule contestation, car on prépare une alternative en participant aux choix difficiles, pas en les commentant depuis le rivage. Sur l’école républicaine, sur l’état civil, sur la justice et sur l’unité nationale, les deux camps auront besoin d’un socle qui survive aux scrutins. Sans lui, chaque élection renvoie le pays à la case départ et le compte de la confiance s’appauvrit d’un cran supplémentaire. Il existe une manière simple de savoir si le pari aura été tenu. Dans deux ou trois ans, un habitant de Kaédi, de Rosso, de Nouadhibou, de Néma ou d’un quartier périphérique de Nouakchott devra pouvoir nommer une chose, une seule, que ce processus aura changée dans sa vie.
 
Une école qui instruit de nouveau. Un acte d’état civil obtenu sans avoir à supplier. Si cette phrase peut être prononcée, quelque chose de plus grand que le dialogue aura été réparé. Si elle ne peut pas l’être, le pays aura perdu davantage que du temps. Car ce qui se joue dans les mois qui viennent dépasse le sort d’une conférence. C’est la relation entre l’État et ses citoyens.
C’est la relation entre les institutions et la société. C’est la relation entre la nation et sa propre espérance. Le dialogue n’aura de valeur que s’il restaure cette confiance-là. S’il démontre, preuves à l’appui, que la décision publique peut encore améliorer la vie d’une famille mauritanienne. La Mauritanie ne manque pas de sujets de dialogue. Elle manque encore de preuves que le dialogue peut changer la vie de ses citoyens. Le moment est venu de les apporter.
 
Mansour LY
Juriste consultant Analyste politique
 

13/06/2026