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20 ans de prison ferme requis contre l’ex-président Mohamed Ould Abdel Aziz

Mardi 31 Octobre 2023

Le procès qui secoue la Mauritanie a atteint son apogée le 24 octobre, lorsque le procureur de la République à l’issue de son réquisitoire, a réclamé 20 ans de prison ferme contre l'ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz.

Accusé entre autres d'avoir abusé de sa position pour amasser une fortune colossale, d’avoir octroyé des avantages indus en matière de marchés publics et d’avoir abusé de sa fonction pour obtenir des avantages. Ces allégations, soutenues par une enquête minutieuse, mettent en lumière la concussion présumée au plus haut niveau du pouvoir.

Après un réquisitoire de près de trois heures, le magistrat Ahmed Ould Moustapha a déclaré que tous les éléments disponibles pour la justice démontrent "la constitution d'un crime". Il a ajouté que les preuves rassemblées étaient accablantes.

Pour appuyer ses propos l’avocat général a cité notamment l’utilisation de fonds publics pour effectuer de travaux dans une propriété privée, d’avoir ordonné la vente de terrains publics qui ont fini dans son entourage familial, l’initiative pour octroyer un marché public dans des conditions opaques à l’entreprise chinoise Joysolar dont le représentant est un membre du cercle familial, les avantages indus et le marché octroyé à la société indienne Kalpataru et dont le représentant est le beau fils du président, la découverte de nombreux biens appartenant à l’ancien président et qui ne figurent pas sur sa déclaration de patrimoine qui ne comporte par exemple que quatre véhicules alors que centaines ont été saisis.

C’est pourquoi le procureur a requis en sus de la peine de prison ferme, une amende de cents millions d’ouguiya et la saisie de tous les biens issus des actes incriminés.

Mohamed Ould Abdel Aziz, a assisté à l'audience en montrant parfois des signes d’énervement. Le magistrat n'a pas épargné les autres prévenus. Outre la peine de 20 ans demandée pour l'ex-président, le procureur a également requis 10 ans de prison ferme pour les deux anciens Premiers ministres, les deux ex ministres, l’ancien Dg de la Somelec ainsi que l’ancien président de la zone Franche de Nouadhibou avec confiscation de leurs biens.

Pour les autres accusés, la peine demandée est de cinq ans de prison pour "enrichissement illicite", "abus de fonctions", "trafic d'influence" et "blanchiment" et dissimulation de revenus provenant d’activité criminelle.

L'ex-chef d'État, qui rejette en bloc ces accusations, soutient qu'il est victime d'une vendetta politique. Toutefois, sa défense a du mal à contrer le poids des preuves présentées par l'accusation.

Pour ce fait et suite à leur dernière protestation le président du tribunal a accepté d’entendre leur requête en vue de présenter des témoins à décharge. Me Ichiddou demanda le témoignage des anciens ministres Sidi Ould Salem, Haimoud Ould Ramdane et Mohamed Ould Jibril ainsi que le député Biram Dah Abeid.

Le tribunal accepta le témoignage des deux premier et récusa le troisième car selon le président le témoignage qu’il se proposait de faire n’a rien à voir avec les faits reprochés à l’accusé.

Après avoir prêté serment l’ancien ministre de la justice a affirmé qu’il a accepté de témoigner à la demande de la défense pour parler de ce dossier qu’il avait été le premier à recevoir du Parlement.

L’ancien Ministre a déclaré qu’après avoir reçu le dossier, il avait réuni son staff et l’ont étudié pendant deux semaines et que l’avis dominant était que le dossier était construit à charge seulement et que les parties incriminées n’avaient pas pu présenter leur version.

Et que lui, par ailleurs en tant que juriste il estimait que l’article 93 de la constitution protégeait l’ancien président de toute poursuite judiciaire devant la justice ordinaire. Toutefois a t il conclut j’ai transmis le dossier au procureur général pour « pour prendre les mesures adéquates » tout en informant le président et le premier ministre.

En réponse le procureur a produit la transmission originale signée de la main du Ministre Haimoud Ramdane et dans laquelle il demande au parquet « d’engager des poursuites » soulignant qu’habituellement les ministres écrivait « pour mesures à prendre » alors que cette fois ci le ministre avait demandé d’engager des poursuites contre les auteurs des infractions constatées.

Pour le deuxième témoins Sidi Ould Salem, Ould Abdel Aziz n’est jamais intervenu dans le département qu’il dirigeait et jamais il n’a constaté un quelconque comportement illégal de sa part. et que pour lui c’est un patriote qui ne veut que le bien du pays.

Soumis au contre interrogatoire du parquet et de la partie civile, Sidi Ould Salem affirma qu’il avait effectivement dirigé la campagne du candidat Mohamed Abdel Aziz de 2014. Interrogé sur les fonds de campagne, il affirma avoir tout dépensé à travers le compte ouvert à cet effet.

Le procureur demanda l’inscription de ce témoignage car l’un des accusés avait justifié sa fortune par le reliquat de campagnes électorales. De leur côté les avocats de la partie civile ont produit une licence de pêche accordée par l’ancien président au témoin 7 jours avant son départ de la présidence.

En réponse Sidi Ould Salem reconnut avoir obtenu la licence et que beaucoup d’autres mauritaniens ont obtenus des licences de pêche depuis l’indépendance et concluant que c’est le ministère des pêches qui lui avait donné cette licence.

La décision du tribunal est attendue avec impatience par les Mauritaniens, nombreux à espérer que ce procès marque un tournant dans la lutte contre la corruption dans le pays. Il reste à voir si la justice suivra les réquisitions du procureur ou si elle optera pour des peines plus clémentes.
 

Cheikh Amidou Kane






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Passif Humanitaire : l’UFP pour une justice transitionnelle

Le Passif humanitaire en Mauritanie, est un euphémisme, qui désigne de graves crimes perpétrés sous la responsabilité des services d’un état, qui a pleinement usé de ses prérogatives de puissance publique, contre des citoyens, ciblés en raison de leur appartenance communautaire.

Ce concept, recouvre des faits criminels, véritables troubles à l’ordre public national et international, commis entre 1989 et 1991 : expulsions massives de populations issues de la communauté négro africaine, vers le Sénégal et le Mali, exécutions extra judiciaires de plusieurs centaines de militaires dans différentes garnisons, tortures, spoliation des terres dans la vallée du fleuve, pertes d’emplois touchant des agents de l’état et du privé.
Pour solder les comptes sanglants  de cette période et refermer, une page douloureuse de l’histoire de la Mauritanie, l’Union des Forces de Progrès (UFP), à travers la voix du Pr Lô Gourmo, vice-président, avocat au barreau de Nouakchott, propose la formule de la justice transitionnelle. 

PASSIF HUMANITAIRE : POURQUOI LA JUSTICE TRANSITIONNELLE PLUTÔT QUE LA JUSTICE ORDINAIRE ?

Intervention de Gourmo Abdoul Lô- Conférence- Débat de l'UFP du 12 juillet 2026

Mesdames et Messieurs,

La question que je voudrais évoquer rapidement ici aujourd'hui est  fondamentale.

Pourquoi parler de justice transitionnelle ? Pourquoi ne pas laisser la justice ordinaire faire son travail ?

Après tout, lorsqu'un crime est commis, la réponse normale est de saisir les tribunaux, d'identifier les responsables et de les juger. C'est le principe même de l'État de droit.

Mais le passif humanitaire mauritanien n'est pas une affaire pénale ordinaire.

Il ne s'agit pas d'une serie continue d'actes et de faits d'une gravité extrême commise certes par des individus mais dans le cadre et dans le contexte d'une politique d'Etat, explicite ou implicite dirigée contre des citoyens mauritaniens en raison de leur appartenance identitaire. Ces actes ne sont donc pas  isolés; ils ne sont pas non plus de simples  abus de pouvoir commis par des agents publics.

Nous sommes face à une succession de violations graves des droits humains : exécutions extrajudiciaires, disparitions forcées, expulsions, déportations, spoliations, discriminations et destructions de vies humaines. Ces actes se sont produits dans un contexte où des institutions de l'État ont été impliquées.

Autrement dit, nous sommes devant une crise nationale, et non devant une simple addition de dossiers judiciaires.

C'est précisément dans ce type de situation que la justice transitionnelle trouve sa raison d'être.

La justice ordinaire cherche avant tout à répondre à une question : qui est coupable ?

La justice transitionnelle pose une question plus large : comment notre pays a-t-il pu en arriver là, et que devons-nous faire pour que cela ne se reproduise jamais ?

Elle ne remplace pas la justice pénale. Elle se situe sur un tout autre plan de jugement. L'Etat qui assume la pleine responsabilité des crimes commis en son nom ou sous son couvert cherche et trouve avec les victimes les conditions les plus avantageuses pour la paix sociale et la satisfaction pleine et entière des victimes sans s'enferrer dans l'impasse des règles et procédures formelles souvent inadaptées de la justice ordinaire.

Elle ne se focalise pas  sur la  la sanction pénale présente et valorise pour sa part, quatre dimensions essentielles : la vérité, la réparation, la mémoire et les garanties de non-répétition.

La première exigence est la vérité.

Les victimes ont le droit de savoir ce qui s'est réellement passé.

Les familles ont le droit de connaître le sort de leurs proches.

Le pays a le droit de connaître son histoire.

Sans vérité, il n'y a ni confiance ni réconciliation.

La deuxième exigence est la reconnaissance.

Les victimes ne demandent pas seulement des indemnisations.

Elles demandent que la Nation reconnaisse publiquement qu'une injustice leur a été infligée ainsi que le prescrit notre sainte réligion.

Cette reconnaissance est parfois plus importante encore que la réparation matérielle.

La troisième exigence est la réparation.

Réparer, ce n'est pas acheter le silence.

C'est restituer des droits, réhabiliter des personnes, réparer des préjudices, rendre leur dignité aux victimes et à leurs familles.

Enfin, la quatrième exigence est la non-répétition.

Une société responsable ne regarde pas seulement le passé.

Elle réforme ses institutions pour empêcher que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

C'est pourquoi une véritable justice transitionnelle comporte aussi un volet portant sur des réformes institutionnelles : une justice indépendante, une administration impartiale, des forces de sécurité respectueuses des droits de tous et une lutte résolue contre toutes les formes de discrimination.

Je voudrais également dissiper un malentendu.

Justice transitionnelle ne signifie pas impunité.

Elle ne signifie ni oubli, ni amnistie automatique, ni pardon imposé.

Au contraire.

La justice transitionnelle refuse de réduire un drame national à quelques procès pénaux.

Elle cherche à traiter l'ensemble du problème, en mettant en avant les droits des victimes, en promouvant leur accord ainsi que les intérêts de la nation entière.

Il faut également éviter une autre erreur : celle de la culpabilité collective.

Les responsabilités sont individuelles dans la commission des faits à la connaissance desquels les victimes et l'ooinion ont droit. La redevabilité elle, relève de l'Etat qui assume les conséquences de son instigation ou de ses négligences coupables. 

Aucune communauté, aucune ethnie, aucune région ne doit porter le poids des crimes commis par certains de ses membres.

Le but n'est pas de diviser davantage les Mauritaniens.

Le but est de rétablir la vérité afin de reconstruire durablement l'unité nationale.

À mes yeux, la vraie question n'est donc pas : justice ordinaire ou justice transitionnelle ?

La vraie question est : comment construire une justice capable de répondre à la gravité exceptionnelle du passif humanitaire ?

La réponse est claire.

Nous avons besoin d'une justice transitionnelle qui intègre les principes et les valeurs de la justice ordinaire sans être paralysée par ses procédures ou ses assertions vengeresses.

Une justice qui établisse la vérité.

Une justice qui reconnaisse les victimes.

Une justice qui se fonde sur la responsabilité principale de l'Etat.

Une justice qui répare.

Une justice qui réforme les institutions.

Une justice qui garantisse que plus jamais notre pays ne revive de telles tragédies.

Mesdames et Messieurs,

La paix durable ne se construit ni sur l'oubli ni sur le déni.

Elle se construit sur la vérité.

Elle se construit sur la justice.

Elle se construit sur la reconnaissance des victimes.

Et elle se construit sur la volonté collective de faire en sorte que de telles tragédies ne puissent plus jamais se reproduire.

C'est pourquoi je suis convaincu que la justice transitionnelle n'est pas une justice d'exception. Elle est une justice de compromis. C'est pour cela que notre parti, l'UFP préconise une entente directe entre l'Etat et les victimes et soutient la mise sur pied d'une Commission Nationale de Réglement du Passif humanitaire, composée de ces deux principales parties auxquelles s'adjoindront des personnalités indépendantes connues pour leur sagesse et représentatives des composantes du pays.

Car, ainsi pourrait s'établir le préalable de de notre justice transitionnelle qui, ainsi sera la forme de justice  la plus adaptée aux circonstances lorsque c'est toute une Nation qui doit guérir de son passé.

Je vous remercie.

12/07/2026