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Polémique autour de l’arrestation de la députée Mariam Cheikh

Mardi 21 Mai 2024

Une affaire liée au processus d’inscription sur les listes électorales, ayant opposé la députée Mariam mint Cheikh, élue sous les couleurs de la coalition SAWAB/RAG, et un groupe de militants, proches de Rabiya Chérif Aidara, issue du parti « El INSAF » défraie la chronique et fait les choux gras de la presse, depuis quelques jours.


Un communiqué de l’ONG anti esclavagiste, publié depuis quelques jours, annonce le placement en  garde à vue de la députée,  à la suite d’un incident survenu au niveau d’un bureau d’inscription sur les listes électorales, dans la commune de Riad.
Ce document soutient que « la députée a été sauvagement agressée par un groupe de personnes, avant être arrêtée par le  commissariat de police  d’Arafat II, de façon suspicieuse et dans de mauvaises conditions, qui respectent pas  le strict minimum des droits d’un détenu ». 
L’organisation antiesclavagiste dénonce « un acharnement contre une militante, arrêtée en violation de la loi ».
 Une thèse battue en brèche par un communiqué  de Mme Rabiya Chérif Aidara, députée « EL INSAF » dont les partisans sont impliqués dans le même incident, publié lundi.
  Ce document  condamne  « le comportement violent d’une élue » dépourvue « de la force de l’argument, qui a choisi l’argument de la force et les  voies de  fait, pour empêcher l’inscription de citoyens sur les listes électorales ».
Une option délibérément provocatrice, dont l’origine est une histoire « imaginaire d’achat de consciences, qui n’a aucune chance de prospérer » et dont le résultat tragique est  « l’avortement, suite à une strangulation» de la jeune dame Aissata MBow, enceinte de 4 mois ».
              Sid’Ahmed     
 







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L’intelligence artificielle au service de la santé publique en Mauritanie : une ambition à construire avec méthode.

L’intelligence artificielle (IA) pourrait devenir un levier majeur pour améliorer la prise en charge des problèmes de santé publique en Mauritanie, à condition d’être intégrée dans une stratégie nationale cohérente, adaptée aux réalités locales et encadrée par des règles éthiques solides. Il ne s’agit pas seulement d’acquérir des outils numériques, mais de transformer progressivement l’organisation, la qualité et l’équité du système sanitaire.

Une santé numérique déjà engagée.

La Mauritanie a inscrit la transformation numérique de la santé parmi ses priorités. 

L’Agenda national de transition numérique prévoit notamment le développement d’un système de e-santé, d’un schéma directeur de santé numérique et d’un portail fédérant patients, professionnels et établissements de santé.
Cette dynamique s’est concrétisée par l’élaboration d’une stratégie de santé digitale pour la période 2024-2030, avec l’appui de partenaires internationaux. 

Elle vise notamment la mise en place d’une infrastructure numérique sécurisée et le déploiement du dossier médical électronique, afin de mieux suivre les consultations, vaccinations et prescriptions.

C’est précisément sur ce socle que l’IA peut prendre sens. 

Sans données fiables, interconnectées et sécurisées, les algorithmes restent des promesses techniques sans utilité réelle pour les patients, les soignants ou les décideurs publics.
Des ateliers pour préparer la transformation
L’organisation d’ateliers sur le thème « La transformation numérique du système de santé en RIM : missions, réalisations et perspectives » serait une initiative particulièrement pertinente. 
Elle permettrait de réunir les ministères concernés, les professionnels de santé, les établissements hospitaliers, les universités, les entreprises technologiques, les partenaires au développement et la société civile.
Ces rencontres devraient dépasser la simple présentation des technologies.

 Elles devraient identifier les besoins concrets : quelles maladies surveiller en priorité, quels établissements disposent de données exploitables, quels personnels doivent être formés, quels coûts soutenir et quels risques prévenir.
Un second temps de réflexion pourrait être consacré à « Exercer la santé à l’ère de l’IA : défis, opportunités et éthique ». Il permettrait d’aborder les questions souvent négligées : protection des données médicales, consentement des patients, confidentialité, responsabilité en cas d’erreur, transparence des algorithmes et risque de creusement des inégalités entre zones urbaines et rurales.
 Les travaux africains sur le sujet insistent d’ailleurs sur la nécessité de cadres réglementaires nationaux et régionaux pour garantir un usage sûr et éthique de l’IA dans la santé.

Mieux anticiper les crises sanitaires.
L’IA ne remplace ni le médecin, ni l’infirmier, ni la décision politique. En revanche, elle peut aider à détecter plus tôt des signaux faibles et à orienter l’action publique.

Dans le domaine de la surveillance épidémiologique, elle peut contribuer à analyser les données de consultation, les notifications de cas, les informations environnementales ou les déplacements de populations afin d’identifier précocement des foyers de maladies infectieuses.

 Cette capacité d’alerte précoce est essentielle pour un pays vaste, marqué par de fortes disparités territoriales et par la circulation transfrontalière des populations.
Elle peut également soutenir la lutte contre les maladies chroniques  diabète, hypertension, maladies rénales  en aidant au suivi des patients, à la personnalisation des rappels de traitement et à l’identification des personnes à risque. Dans la santé maternelle et infantile, des outils intelligents pourraient améliorer le suivi des grossesses, la vaccination et la détection des situations de vulnérabilité.

L’ambition devrait donc être claire : passer d’une gestion réactive des urgences sanitaires à une anticipation mieux outillée des risques. Comme le résume une formule forte :
 « L’IA permet de résoudre les problèmes de santé publique en temps réel » à condition que les données soient disponibles, fiables et que les décisions restent humaines.
Renforcer les soignants, pas les remplacer
L’un des apports les plus réalistes de l’IA concerne l’aide à la décision clinique. 

Dans des contextes où certains territoires souffrent de pénurie de spécialistes, un outil bien conçu peut aider un professionnel de santé de proximité à mieux interpréter une image médicale, à vérifier une interaction médicamenteuse ou à orienter un patient vers le niveau de soins approprié.

L’IA peut aussi alléger les tâches administratives : gestion des rendez-vous, saisie simplifiée des dossiers, suivi des stocks de médicaments, planification des ressources humaines et organisation des campagnes de prévention. 

Ces gains de temps sont précieux lorsqu’ils sont réinvestis dans la relation avec le patient.

Mais cette transformation exige un investissement massif dans la formation. Médecins, infirmiers, sages-femmes, techniciens de laboratoire, administratifs hospitaliers et décideurs doivent comprendre ce que l’IA peut faire, ce qu’elle ne peut pas faire et comment l’utiliser de manière responsable. 
La stratégie nationale mauritanienne de l’IA identifie d’ailleurs la formation des cadres locaux et le développement des infrastructures techniques comme des axes essentiels.

La santé, moteur du développement économique.

Il faut également relier clairement santé publique et développement économique. 
Une population en bonne santé est plus capable d’apprendre, de travailler, d’entreprendre et de participer à la vie collective. 

À l’inverse, les maladies évitables, l’absentéisme, la mortalité maternelle ou infantile et les dépenses de santé catastrophiques fragilisent le capital humain et freinent le développement.

En améliorant le ciblage des interventions, la gestion des ressources et la qualité des soins, l’IA peut contribuer à une utilisation plus efficace des budgets publics. 
Elle peut aussi favoriser l’émergence d’un écosystème national autour de la e-santé : développeurs, data scientists, entreprises locales, centres de recherche, startups et prestataires de services numériques.

L’enjeu n’est donc pas uniquement sanitaire. Il est économique, social et souverain : développer des compétences et des solutions mauritaniennes, plutôt que dépendre exclusivement de technologies importées peu adaptées au contexte national.
Des garde-fous indispensables
Le déploiement de l’IA en santé soulève des exigences particulières, car il touche aux données les plus intimes des citoyens. 

La confiance est la condition première de toute politique de santé numérique.

Plusieurs principes devraient être posés dès le départ :
Protection des données : sécurisation des dossiers médicaux, limitation des accès, traçabilité des utilisations et sanctions en cas de violation.
Consentement éclairé : les patients doivent savoir comment leurs données sont collectées, conservées et utilisées.

Supervision humaine : l’IA peut proposer, mais le professionnel de santé doit décider et assumer la responsabilité médicale.
Équité territoriale : les outils doivent bénéficier aussi aux régions intérieures, aux zones nomades et aux populations éloignées des grands centres hospitaliers.
Transparence : les algorithmes utilisés dans des décisions sensibles doivent être compréhensibles, auditables et évalués régulièrement.
Adaptation locale : les solutions doivent prendre en compte les langues, les habitudes de soins, les contraintes de connectivité et les besoins réels des structures de santé.
Les réflexions menées en Afrique soulignent que l’IA responsable doit être éthique, inclusive, respectueuse des droits et ancrée dans les réalités des systèmes de santé locaux, afin de renforcer l’équité d’accès aux soins.

Une feuille de route pour la Mauritanie.

Pour transformer cette ambition en résultats visibles, la Mauritanie pourrait avancer selon cinq priorités :
Finaliser et déployer le socle numérique : dossier médical électronique, interopérabilité des établissements, identité numérique de santé et infrastructure sécurisée.

Créer une gouvernance de l’IA en santé, associant le ministère de la Santé, le ministère chargé de la transformation numérique, les autorités de protection des données, les ordres professionnels et les universités.
Lancer des projets pilotes ciblés : surveillance épidémiologique, santé maternelle, gestion hospitalière, télémédecine et aide au diagnostic dans quelques régions.

Former les professionnels et les décideurs, avec des parcours adaptés aux médecins, aux soignants, aux gestionnaires et aux techniciens.

Évaluer les résultats, non pas à travers le nombre d’outils achetés, mais à travers des indicateurs concrets : réduction des délais de diagnostic, meilleure couverture vaccinale, diminution des ruptures de médicaments, amélioration de la qualité des données et satisfaction des patients.

Une question de choix politique.

L’intelligence artificielle ne résoudra pas, à elle seule, les difficultés du système de santé mauritanien.

 Elle ne remplacera ni les investissements dans les hôpitaux, ni la formation des personnels, ni l’accès aux médicaments, ni la couverture sanitaire universelle.
Mais elle peut amplifier l’efficacité de ces politiques. 

Elle peut permettre de mieux connaître les besoins, de mieux organiser les réponses, de mieux protéger les populations et de mieux utiliser les ressources publiques.

Pour la Mauritanie, le véritable enjeu est donc de faire de l’IA un instrument au service de l’intérêt général : une technologie au service du patient, du soignant et du développement national. 
Une population en bonne santé contribue à une économie performante ; une santé publique modernisée, éthique et équitable constitue ainsi l’un des fondements d’un avenir plus prospère pour la République islamique de Mauritanie.

© Abdoulaziz DEME 
Le 15 Octobre 2026

16/10/2026