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APPEL CONTRE LA CRIMINALISATION DES LANCEURS D'ALERTE ET LA NORMALISATION DE L'IMPUNITÉ EN MAURITANIE .

Vendredi 12 Décembre 2025

En Mauritanie, l’arbitraire et l’impunité ne se cachent plus : ils s’affichent s’assument et s’inscrivent dans l'institutionnel.


Alors que les prisonniers d’hier portent toujours, à l’échine et sur les muqueuses, les traces de la torture du Jaguar et les sévices du piment, ultimes outils de l’humiliation d’État, leurs camarades et enfants, héritiers de la lutte ou passeurs, se retrouvent devant les tribunaux, au grief d’avoir dénoncé la brutalité et le mépris, reçus, en héritage. 
Ainsi, à titre d’illustration, nous citons l’emprisonnement récent de Dieynaba N’diom, Baalal Sall, Moctar Keita, Mariame Bocar Sy, Moctar Diaw, Abdallah Ould Mohamed Mahmoud, Moussa Thiam, Kaaw Lô, Jemila Ahmed,  Hawa Diallo,  Moussa Soumaré,  Moctar Gourmo N'diaye (Bayal), Boudalaye Diouma Sy…Arrêtés puis relâchés, certains d’entre eux sont mis sous contrôle judiciaire et d’autres à la disposition des magistrats. Pour leur part, Demba Sall et Docteur Ba furent placés en détention préventive et expédiés, sans forme procès, à la prison d´Aleg. Les activistes passionnés de la dignité de la personne, Youssouph Kamara et Mohamed Lemine Seck, dont retenus, depuis des mois, à Nouakchott. Tous expient, ainsi, le triple « crime » de donner une voix à la vérité, refuser l’effacement de la mémoire et rappeler que les droits universels de l’individu ne relèvent pas du champ de la faveur. A ce titre, ils ne sauraient se prêter à une transaction ponctuelle où les victimes s’en tiennent aux réquisitions du statu quo, qui devient, alors, l’expression figée de l’injustice.

Hier et aujourd’hui, les tortionnaires profitent de la liberté que confère le sentiment de la toute-puissance, bien au-dessus des usages tolérables. Par-delà le principe de l’équivalence des vies dont la dignité de l’espèce humaine tire sa substance au fil des siècles, eux bénéficient d’une exception et d’une immunité en totale rupture d’avec l’attachement affiché à la République islamique.
D’aucuns vont à la retraite, sous les honneurs de la patrie reconnaissante. D’autres occupent encore des postes dans les forces de défense et de sécurité, l’administration, s’ils ne parviennent à se faire élire députés. Nombreux envahissent les cérémonies officielles et prisent les insignes. Ils sont décorés, protégés, célébrés, comme si l’affliction par eux advenue mérite la récompense d’un service rendu à la communauté de destin.

Cette logique d’impunité s’étend également à l’immense misère, faites aux femmes, de siècle en siècle. A défaut de lois pertinentes, les auteurs de viols, d’agressions sexuelles et de violences liée au genre échappent majoritairement à la sanction d’une société très patriarcale et plutôt viriliste. Le silence imposé à leurs ardentes revendications d’autonomie établit, de facto, comme norme tacite, le silence sur les souffrances infligées à la moitié de la population. 
Nous rejetons la logique perverse de l’inversion des valeurs et n’admettons que l’Etat mauritanien transforme les victimes en suspects. Oui, une société qui soustrait ses tortionnaires au devoir de rendre des comptes, se condamne elle-même à répéter l’horreur.
Nous l’affirmons, haut et fort, la quête de vérité n’est pas une infraction, mais davantage un impératif moral. En revanche, sa pénalisation expose, l’ensemble des Mauritaniens, au risque mortel d’un asservissement générateur d’acrimonie puis carburant inflammable de la révolte.

Aussi, soutenons-nous pleinement les militants persécutés et exigeons leur libération, sans délai ni condition.
Nous adressons, à l'opinion publique, y compris ses segments communautaires, une exhortation à ne pas céder au découragement ni entériner la lassitude. Nous appelons toutes les forces démocratiques, les organisations de promotion des droits humains, les rescapés, les familles endeuillées et les citoyens épris de justice à se mobiliser et congédier la peur, documenter, témoigner, publier, manifester, dire leur indignation, en public, aussi bien sur le plan national qu'international et tendre la main à la solidarité de l’Étranger.

Un pays qui protège ses tortionnaires se condamne à revivre l´horreur. Un pays qui écoute ses lanceurs
 d´alerte, ses fils et filles dignes et justes, ouvre enfin la voie à la vérité et à la réconciliation.
La Mauritanie ne pourra jamais se reconstruire selon le pari de l’oubli et la spéculation sur l’épuisement des Justes. À défaut d’équité et de transparence, sa réconciliation ne dépasserait, dès lors, le stade du faux-semblant, exutoire à la culpabilité honteuse, derrière quoi prospère le ressentiment et bout l’impatience légitime. Rebâtir une Mauritanie réconciliée, sûre et confiante en son avenir exige du courage moral, de la vigilance citoyenne et beaucoup de participation à l’entreprise du relèvement. Il n’y aura d’unité durable et de paix solide, sans vérité, égalité et engagement à consacrer l’inviolabilité du corps et la sacralité de la vie.

Le 10  décembre 2025 .

Les signataires :

1-Daouda Moussa Dia- Historien-chercheur- Liège-Belgique.

2-Biram Dah Abeid-Député - Nouakchott-Mauritanie.

3- Abdel Nasser Ould Ethmane Elyessa-Juriste-Paris-France.

4-Khally Mamadou Diallo-Député- Nouakchott-Mauritanie.

5-Mariem Cheikh Samba Dieng-Députée - Nouakchott-Mauritanie.

6- Balla Touré -Député- Député- Nouakchott-Mauritanie.

7- Ciré Ba -Historien-chercheur- Paris-France.

8- Ibrahima Mifo Sow-Professeur et homme politique -Cincinnati-USA.

9- Kaaw Touré -Ingénieur en planification économique et homme politique-Stockholm-Suède.
 
10- Mamadou Sidi Ba -Technicien supérieur en Santé et homme politique -Jackssonville-FLorida-USA.

11-Pr Oumar Moussa Ba-Professeur -Rouen-France.

12- Fara Ba-Professeur et président du collectif des rescapés, amnistiés, détenus politiques civils torturés (Cradpocit)

13- Bakary Tandia- Co-Founder, The Abolition Institute- New York city- USA.

14- Djeynaba N'diom -Sociologue et féministe- Nouakchott-Mauritanie.

15- Ousmane Abdoul Sarr -Président de l'Avomm -Militant des droits de l´homme, Mantes la ville, France.

16- Dr Alassane Dia-professeur d'université et président de Tpmn- Nouakchott-Mauritanie.

17- Dr Mamadou Kalidou Ba-professeur d'université -Essayiste, Écrivain-Nouakchott-Mauritanie.

18- Dr Cheikhna Wagué-Maitre de Conférence Titulaire en Histoire Moderne et Contempraine et Coordinateur du Master en Sciences Historiques à l´Université Assane de Ziguinchor-Sénégal.

19- Aissata Niang dite Thilo- Collectif des veuves -New York city- USA.

20- Dr Mamadou Moussa Diaw -Médecin et Écrivain-Activiste des droits de l´homme -Thiès-Sénégal.

21- BABE Moulaye El Hassene- Activiste pour les droits de l´homme-Bordeaux-France.

22- Abdel Nasser Ould Beibe -Doctorant, activiste opposant et blogueur.

23- Adama Amadou Sow -Lead financial crimes investigator, MBA en finances, activiste des droits de l´homme -Pickerington- Ohio-USA.

24- Ibrahima Diallo dit Babayel- Enseignant, Rambouillet, France.
 
25- Mariame Kane- Activiste des droits humains- Paris-France.

26- Sy Boubacar – Mediateur social-Médiathèque- Paris-France.

27- Koundou Soumaré -Blogueur et militant des droits humains- Paris-France.

28- Boulaye Diakité – Socioanthropologue- Sartrouville- France.

29- Abass Diagana- Militant des droits humains- Nouakchott-Mauritanie.

30- Salka Hmeida- Activiste des droits de l´homme- Nouakchott-Mauritanie.

31- Houraye  Boye dite Souzy--  Activiste des droits humains- Paris-France..

32- Houleye Thiam-Activiste des droits humains- Columbus-Ohio- USA 
33- Aissata Sidiki Ba- Activiste des droits humains- La Courneuve, France.

34- Cheikh Ahmadou Tidiane Dieng- Militant des FPC- Villeneuve le roi- France.

35- Ibrahima Wélé- Activiste des droits humains- Paris-France.

36- Sy Mamadou – Activiste des droits humains et blogueur- Paris-France.

37-Dr Hamdou Rabbi Sy-Philosophe- Paris-France.

38- Macky Ball- Activiste des droits humains- Nouakchott-Mauritanie.

39- Abou Hamidou Sy- Militant politique- Tampa-Florida- USA

40- Mohamed Abdoul Sow- Militant politique- Paris- France.

41- Dr Karim Gueye-Docteur en recherche et exploitation minière, spécialisé dans la levée géologique, recherche et exploitation- Département de l´insertion des migrants dans la région de Basse Normandie- Caen- France.

42- Amadou Ba- Militant des droits humains- Nouakchott-Mauritanie.

43- Mamoudou Baidy Gaye-Journaliste- militant des droits de l´homme, membre de l´association de la maison des journalistes, Paris- France.

44- Abdoul Aziz Dem- Journaliste- Observateur politique engagé pour la transparence et l´inclusion- Rouen-France.

45- Seidou Deme-Militant des droits de l´homme- Childress Lane Charlotte NC-USA.

46- Hamada Ould Cheikh -Activiste des droits de
l´homme- Nouakchott- Mauritanie.

48- Bocar Oumar BA – Anthropologue Sociologue et homme politique- Strasbourg- France.

49- Mahamadou Sy-Écrivain (l´auteur de l'Enfer d'Inal) – Paris- France.

50- Colonel Sidi Bilal Sidi -Militant des droits humains et abolitionniste-Nouakchott-Mauritanie.

51- Abou Sarr collectif Inal- Militant des droits humains- Paris-France.

52- Kane Alhousseinou-Activiste des droits de l´homme- La Courneuve-France.

53- Saidou Abdoulaye Ba -Écrivain – Nouakchott- Mauritanie.

54- Amadou Seck -Homme de médias- Nouakchott- Mauritanie.

55- Abdoul Aziz Kane- Activiste des droits de
 l´homme- Nouakchott-Mauritanie.

56- Hashim Diacko- Activiste des droits de l´homme- Nouakchott-Mauritanie.

57- Djibril  Tène Youssouf Gueye- Administrateur de régie financière- Nouakchott- Mauritanie.

58- Pr Sow Abdoulaye Doro dit Samba- Sociologue - Activiste des droits de l´homme Nouakchott – Mauritanie.

59- Ndiaye Saidou Amadou dit Gelongal Fouta -Écrivain -poète et chercheur – Nouakchott-Mauritanie.

60- Maimouna Dia-Activiste des droits de
 l´homme-Cincinnati- USA.

61- Yacouba Dia- Activiste des droits de l´homme- Horst- Allemagne.

62- Dr Aliou Dia N´diengoudy- Ph.D Staff Scientist-Genomics- Turnersville, New Jersey, USA.

63- Me Alassane Touré -Avocat- Nouakchott- Mauritanie.

64- Adama Ba – Activiste des droits de l´homme et blogueur- Bruxelles- Belgique.

65- Jamal Sow- Enseignant philosophie- Institut catholique d´Angers- France.

66- Cherif Kane- Écrivain-journaliste-chroniqueur à Kassataya.com- Rouen-France.

67- Ibrahima Diallo dit Tokora Baba Diallo- Militant de
l´UFP-Nouadhibou-Mauritanie.

68- Silèye BÂ- Chercheur-indépendant-Nouakchott- Mauritanie.

69- Cherif Sanghott- Network system administrateur, Activiste des droits humains- Conseiller municipal Kaëdi- San Antonio Texas- USA.

70- Oumar Elhadj Thiam- Homme de médias- Nouakchott-Mauritanie.

71- Djeynaba Dramane Kamara- Militante des droits Humains-Berlin- Allemagne.

72-Yakhya Thiam- Activiste politique- Rochester, NY- USA-

73- Malick Issaga Diop- Activiste des droits de
l´homme- Buxheim- Allemagne fédérale.

74- Salimata Ba- Activiste des droits humains- Nouakchott- Mauritanie.

75- Babouna Khalifa Diakité- Activiste des droits de
l´homme- Nouakchott- Mauritanie.

76- Moktar Keita- Activiste des droits de l´homme- Nouakchott - Mauritanie.

77- Ablaye Ba- Militant IRA-Activiste des droits de l´homme- Nouakchott-Mauritanie.

78- Amadou Alpha Ba- poète- Sociologue- Activiste des droits de l´homme- Paris-France.

79-Dr Mamadou Alassane Ba- Enseignant-chercheur- Thiès- Sénégal.

80- Hamet Ndim- Défenseur des droits de l´homme- Nouakchott-Mauritanie.

81- Souleye Oumar Ba- Ecrivain- Yeumbeul- Dakar- Sénégal.

82- Ousmane Ba- Militant FLAM. Activiste des droits humains en Afrique-Lisses-France.

83- Soulé Ngaidé- Juriste- Défenseur des droits humains- Les Ulis , France.

84- Yero Gaynaako Sow Artiste-Raptivist- La Haye- Pays-bas.

85-Amadou Ly- Sociologue- Nouadhibou- Mauritanie.

86- Yahya Niane- Inspecteur de l´enseignement- Kaëdi- Mauritanie.

87- Ousmane Baba Touré- Activiste des droits de
 l´homme- Cincinnati- Ohio-USA.

88- Mohamed Mohamed Ould Lemine - Journaliste- Nouakchott-Mauritanie.

89- Oumar Sall-  Activiste des droits de l´Homme- Montpellier-France.

90- Docteur Oumar Djiby NDIAYE, Enseignant-Chercheur, UGB- Saint-Louis / Sénégal.

91- Ibrahima Amadou Dia--  Activiste, militant des droits humains, Groveport- USA.

92- Ibrahima Himbra Sy - Activiste des droits de l'homme - Nouakchott -Mauritanie .

93- Sidi Mohamed Ould Kmache - Activiste des droits de l'homme et blogueur – Dixie hwy Louisville- Ky- USA .

94- Ahmed Ould Bettar -Homme de média, Nouakchott -Mauritanie.

95- Alassane Aly Dia dit Diaz- Militant politique - Kansas City- USA.

96- Amadou Thiam- Responsable FPC-Féderation Amérique- Cincinnati-Ohio-Usa.

97- Ousmane Amadou Diallo- Professeur- Activiste des droits humains- Franceville- Gabon.

98- Yaya Diack -Activiste des droits de l'homme et membre de Mauritanie Network for human rights - New York -USA.

99- Sow Issa  Harouna - Chercheur à Paris Sorbonne-Paris-France.

100- Dem Mohamedou - Expert comptable -Fontenay -aux roses France







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La centralité silencieuse du pouvoir

On a beaucoup commenté les réponses du président. On s'est moins arrêté sur ce qu'elles disent de la fonction elle-même. Une rencontre avec la presse, chez un chef de l'État aussi économe de ses mots, cesse d'être un exercice de communication. Elle devient un document politique, où se lit la place qu'il s'attribue dans les institutions et celle qu'il concède aux autres.
Vendredi 24 juillet 2026, après la prière d'Al-Icha, le palais présidentiel de Nouakchott s'est transformé en studio. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani s'est livré à l'une de ses très rares rencontres avec la presse nationale en près de sept années de pouvoir. Quand la parole est rare, parler devient l'événement. Le pays s'est arrêté pour écouter un homme dont le silence a fini par devenir la signature.
Quelques heures plus tôt, ce même vendredi, le même homme recevait des mains de Moussa Fall le document de référence du dialogue national, devant les chefs de pôles politiques. À première vue, les deux séquences n'ont rien en commun. L'une relève du dialogue politique. L'autre, de la communication présidentielle. Elles racontent pourtant la même histoire, celle de la place que le président entend occuper dans le fonctionnement réel de nos institutions.
Depuis, les commentaires se répartissent en deux camps. Les uns saluent l'exercice démocratique et la disponibilité du chef de l'État. Les autres regrettent l'absence d'annonces et comptent les esquives. Le débat est normal, il est même utile. Mais les deux camps, sans le dire, s'accordent sur un même point. Ils n'ont noté qu'une performance. C'est peu, pour une parole aussi rare.
Le sujet de ce texte n'est donc pas l'homme du 24 juillet. C'est la présidence mauritanienne comme manière d'exercer le pouvoir. Ghazouani en est ici le cas d'observation le plus récent. Je me garderai d'attribuer au président des intentions qu'il n'a pas formulées. Les intentions relèvent de la psychologie. Les institutions, elles, s'observent. C'est sur ce terrain que je choisis de me placer.
Ni naïveté ni procès d'intention
Relisons ce qui a été dit. Sur le troisième mandat, un débat jugé prématuré et le refus de toute mesure qui ne serait pas prévue par la Constitution ou décidée par le peuple. Sur la corruption, le juge, seul habilité à dire si une accusation est fondée. Sur ses proches, une invitation à porter les preuves aux autorités compétentes. Sur les fonctionnaires poursuivis, une suspension jusqu'au jugement, vingt incarcérations en 2025 selon ses propres chiffres. À chaque question qui coûte, la réponse désigne une règle ou une autorité autre que lui. Le président parle, et sa parole montre ailleurs.
Une première conclusion se présente d'elle-même. Voilà un chef d'État qui institutionnalise. Je m'en méfie. Un langage ne prouve rien. Une institution démontre son existence le jour où elle produit une décision que le pouvoir n'avait ni écrite ni souhaitée, une décision qui lui coûte réellement, et où cette décision s'applique. Depuis 2019, je ne connais aucun épisode documenté de ce genre. L'absence d'exemple ne condamne personne. Elle interdit seulement de conclure.
La conclusion inverse arrive aussitôt. Tout cela ne serait qu'une façade, et le renvoi aux institutions une manière élégante de ne pas répondre. Je m'en méfie tout autant. Les compétences invoquées existent réellement. Renvoyer au juge est parfois la seule réponse juridiquement exacte. La grâce est une prérogative constitutionnelle. Prêter une intention à un homme dont chaque geste admet plusieurs lectures, c'est dépasser ce que les faits autorisent.
Entre ces deux facilités s'ouvre une troisième voie. Et si le président renonçait moins au pouvoir qu'à sa mise en scène ? Le silence ne signifie pas l'absence. La centralité ne signifie pas l'omniprésence. J'appelle cela une centralité silencieuse. La catégorie doit pouvoir servir au-delà de son titulaire. Dans dix ans, la question devra garder son sens. Le président du moment exercera-t-il, lui aussi, une centralité silencieuse ?
Deux dimensions s'y superposent, qui ne se confondent jamais et se mesurent séparément. Le silence se mesure à l'économie de la parole publique, aux formats choisis, aux sujets évités. La centralité se mesure aux instruments conservés, les nominations, l'orientation sécuritaire tenue dans le premier cercle, l'arbitrage final, la grâce. L'affaire des deux députées l'a rappelé cette année. Quand la mécanique parlementaire et judiciaire s'est nouée au point de devenir inextricable, un acte du sommet a suffi à dénouer politiquement la séquence, même si ses suites contentieuses courent encore. Une compétence exercée dans les formes constitutionnelles, rien de plus, rien de moins. La capacité de terminer une crise n'a jamais quitté le palais.
Deux épreuves
Une hypothèse qui ne peut pas être contredite ne vaut rien. Celle-ci se vérifie par deux épreuves. La première regarde ce que le sommet accepte de perdre. La seconde regarde qui répond lorsqu'une décision se révèle mauvaise.
Prenons le circuit du dialogue. Seize mois de concertations difficiles. Une réunion élargie en janvier. En juin, une séance d'une dizaine d'heures avec l'opposition, venue demander au président d'arbitrer la question des mandats, et qui s'est heurtée à une neutralité stricte. Une feuille de route consensuelle. Le 24 juillet, la remise du document de référence, avec le souhait présidentiel de conclusions avant la fin de l'année. Le président n'a pas choisi d'arbitrer publiquement chacune des divergences. Il a laissé le processus suivre son cours. Impulsion du sommet, délibération hors du sommet, synthèse, retour au sommet. Le circuit illustre l'hypothèse. Il ne la prouve pas.
Tout se jouera à l'arbitrage final. Si la synthèse lie le pouvoir sur un point qui lui coûte, la réforme du cadre électoral ou l'indépendance de la commission chargée des scrutins, l'institutionnalisation aura commencé pour de bon. Si le sommet retient ce qui l'arrange, la centralité aura simplement changé de décor.
J'ajoute une observation que le processus a fournie lui-même. Le dialogue s'est enrayé des semaines durant sur la controverse du mandat, la seule question qu'il ne pouvait trancher puisqu'elle concerne celui qui le convoque. Un dispositif délibératif dont l'agenda s'arrête à la frontière de la question présidentielle dit, à lui seul, la limite d'une institutionnalisation octroyée.
La seconde épreuve est plus discrète. Je la crois plus instructive. Reprenons l'annonce sur les fonctionnaires poursuivis.
La règle existe depuis trente-trois ans. L'article 13 de la loi n° 93-09 du 18 janvier 1993, portant statut général des fonctionnaires et agents contractuels de l'État, prévoit qu'en cas de faute grave, de manquement professionnel ou d'infraction de droit commun, l'auteur de la faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire, laquelle engage sans délai la procédure. Le même article règle le sort de l'agent poursuivi au pénal, dont la situation n'est tranchée définitivement qu'une fois devenue définitive la décision de la juridiction pénale.
Le mot qui compte est peut. La loi ouvre une faculté, elle n'ordonne rien. Elle la confie à l'autorité ayant pouvoir disciplinaire, c'est-à-dire, selon l'article 76, à l'autorité investie du pouvoir de nomination. Aucune automaticité n'y figure. Chaque dossier appelle une appréciation, sous le contrôle du juge administratif. La parole du 24 juillet n'a donc rien créé en droit, et il faut le dire nettement, sous peine de prêter au président une réforme qu'il n'a pas faite.
Elle a fait autre chose. Le chef de l'État a annoncé, depuis une conférence de presse, l'emploi systématique de cette faculté. Une possibilité laissée à des dizaines d'autorités administratives est devenue une politique proclamée du sommet. Voilà la centralité silencieuse saisie dans son geste exact. La décision appartient, en droit, à celui qui nomme. La règle de son emploi général se fixe au palais.
Une question institutionnelle se pose alors. Je la pose sans prétendre la trancher. La Constitution place un premier ministre et un gouvernement entre le chef de l'État et l'administration. La conduite générale des services, l'orientation donnée à des milliers d'agents, relèvent en bonne logique de cet échelon. Qu'une politique disciplinaire d'ensemble se formule ailleurs mérite d'être discuté, pour ce que cela dit de la place réelle du gouvernement dans notre architecture. À quel moment un gouvernement cesse-t-il d'être le lieu où se décide la conduite de l'administration ?
Suivons un cas concret. Un agent est suspendu, la poursuite s'effondre, il est relaxé. Il conteste la mesure, attaque l'acte du ministre, et le ministre défendra sa décision devant le juge. Le problème n'est pas là. Il est de savoir ce que ce ministre a réellement fait. A-t-il exercé l'appréciation que la loi lui confie, dossier par dossier ? A-t-il appliqué une orientation venue d'ailleurs ? S'il l'a appliquée, celui qui l'a formulée n'a signé aucun acte, ne défendra rien devant personne et n'apparaîtra dans aucune procédure. Le choix a été fait ailleurs que là où la loi loge la responsabilité. Ce décalage entre l'auteur de l'acte et l'auteur de la règle qui le commande est, à mes yeux, le vrai coût de cette manière de gouverner. Le juge existe. C'est la responsabilité qui se dilue.
Pourquoi tout remonte
Ce constat dépasse le président. Pourquoi tant de dossiers finissent-ils par remonter au sommet ?
Chacun connaît la scène. Un dossier déposé en mars. Une pièce complémentaire réclamée en juin. Un service qui renvoie vers un autre service. Un chef de division qui trouve le dossier régulier, mais qui préfère un avis, puis un second avis, puis une instruction écrite. Personne n'a refusé. Personne n'a décidé. Et l'on finit par entendre la phrase que tout Mauritanien a déjà prononcée ou entendue. Il faut que cela remonte plus haut.
Soyons justes avec ceux qui hésitent. Un directeur qui signe seul engage son nom sur un montage dont il ne maîtrise ni l'origine ni les suites, un ministre arrive dans un département qu'il connaît mal pour une durée que personne ne lui garantit, et l'erreur se paie devant l'inspection ou devant le juge. Toute l'asymétrie est là. Signer expose. Attendre n'expose à rien. Le statut de 1993 énumère soigneusement les fautes et les sanctions. Je n'ai pas connaissance d'un cas où l'une d'elles ait frappé un agent pour n'avoir rien décidé.
Le recours au sommet n'a donc rien d'irrationnel. C'est souvent le seul qui produise un résultat. Il a un prix. Chaque dossier réglé d'en haut apprend à l'échelon intermédiaire qu'il n'est ni tenu de décider ni exposé à répondre. La faiblesse des administrations pousse les citoyens vers le chef. Le recours au chef entretient la faiblesse des administrations. Le cercle se referme sans coupable identifiable, ce qui fait sa force. Rien là-dedans ne tient à un tempérament national. Ce sont des conduites apprises. Un fonctionnaire qui a vu deux fois une décision courageuse désavouée d'en haut n'a besoin d'aucune théorie du pouvoir pour cesser de signer. Sa mémoire lui suffit.
Cette mécanique éclaire une plainte que l'on entend partout depuis quelques années. Il ne se passe rien. Le sentiment est réel et mérite mieux qu'un haussement d'épaules. L'État continue de construire et de recruter, les salaires tombent chaque mois. Ce qui a changé tient à la manière dont il administre la preuve de ce qu'il fait. Pendant des décennies, une politique publique existait à partir du moment où le chef de l'État l'annonçait ou l'inaugurait. L'incarnation tenait lieu de rapport d'exécution. Quand cette mise en scène se retire, rien ne prend le relais. Les instruments qui pourraient la remplacer, un bilan sectoriel discuté publiquement, des données d'exécution qu'un citoyen suit d'une année sur l'autre, restent peu accessibles et peu commentés. Le citoyen n'a pas une époque de retard. Il se sert du seul instrument de mesure que l'État lui ait jamais fourni, et cet instrument était un homme.
Le silence a lui aussi un coût, et il tombe sur ceux qui entourent le pouvoir. Une parole rare oblige à deviner. Il existe une différence entre une administration qui attend un ordre et une administration qui devance un souhait. La première peut se tromper et le prouver, puisqu'un ordre laisse une trace. La seconde ne se trompe jamais tout à fait, puisqu'elle exécute ce que personne n'a formulé. Une centralité bruyante se laisse contester, parce qu'elle a dit ce qu'elle voulait. Une centralité silencieuse se laisse interpréter, et l'interprète acquiert à son tour une part d'autorité.
Ce qui restera du centre
Reste la question que la conférence n'a pas tranchée, et que le pays pose à travers la polémique du troisième mandat. Une retenue personnelle est un style. Elle ne devient une institution que si elle survit à celui qui la pratique. Que reste-t-il du centre quand le centre doit partir ? Un successeur héritera d'une administration habituée à attendre et de ministres habitués à ne pas se découvrir. Il héritera aussi de la faculté de se servir de cette habitude. Aucun de nos textes ne l'en empêchera.
Les conférences de presse passent. Les habitudes qu'une présidence installe chez ceux qui exécutent lui survivent bien plus longtemps. Le véritable événement du 24 juillet ne tenait peut-être à aucune des réponses données aux journalistes. Il tenait à une réponse apportée sans qu'aucun d'eux ait posé la question. Quelle place le chef de l'État entend-il occuper dans l'architecture du pouvoir mauritanien ?
Cette question a cessé de porter sur un homme. Elle porte sur ce que l'État sait faire quand personne ne parle en haut, et sur ce qu'il saura montrer de son travail lorsque plus personne ne l'incarnera. Jusque-là, elle reste ouverte. Elle vaudra pour le président suivant, puis pour celui d'après. Le jour où un dossier difficile trouvera sa solution sans avoir à remonter au palais, la réponse sera venue. Ce jour-là seulement.

Mansour LY, juriste, analyste politique
 
 

27/07/2026