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Tribune critique : La tribune de Maître Bouhoubeyni ou l’art de dénoncer sans rompre

Lundi 16 Juin 2025

Par Cheikh Sidati Hamadi – Expert senior en droits des CDWD, analyste, essayiste, chercheur associé.

Ce 15 juin 2025, Maître Ahmed Salem Bouhoubeyni a publié une tribune sur le dialogue politique en Mauritanie, posant un constat partiel et tiède sur ce qui est, depuis trop longtemps, une comédie politique orchestrée. Certes, il est salutaire de reconnaître que les dialogues successifs ont souvent été des exercices de mise en scène, visant à préserver des équilibres partisans, à redistribuer des postes et à recycler des thèmes sensibles sans réelle volonté de résolution. Mais cette lucidité s’arrête là où le véritable engagement devrait commencer : éclairer les blocages structurels, pointer les responsabilités et proposer des ruptures concrètes.


Tribune critique : La tribune de Maître Bouhoubeyni ou l’art de dénoncer sans rompre

Des angles morts révélateurs d’une stratégie d’évitement 

La tribune souffre d’angles morts qui ne relèvent pas du hasard, mais semblent au contraire être des silences calculés. Pourquoi ne pas évoquer :

Le verrouillage institutionnel délibéré par les appareils du pouvoir ?

Les logiques claniques et raciales qui conditionnent la distribution des richesses et des postes ?

L’exclusion méthodique des forces sociales réelles, notamment des représentants des communautés discriminées sur la base de l’ascendance et du travail (CDWD) ?

La tentative inintelligente, dangereuse et improductive de mise à l’écart persistante d’acteurs majeurs comme Biram Dah Abeid, dont l’ancrage intérieur profond, la forte implantation dans la diaspora mauritanienne, ainsi que l’aura internationale reconnue renforcent son envergure nationale, attestée par ses trois classements successifs à la deuxième place lors des trois dernières élections présidentielles.

Ce sont précisément ces mécanismes d’auto-reproduction du système qui expliquent l’échec chronique du dialogue. Ignorer ces causes, c’est entretenir la farce.

Le passé à la CNDH : un oubli embarrassant

Il est également nécessaire de rappeler que Maître Bouhoubeyni a lui-même été à la tête de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH), un rôle qui exigeait neutralité et engagement réel pour la défense des droits humains. Sous sa présidence, la CNDH a failli à cette mission : elle n’a pas su s’imposer comme un acteur crédible, ni protéger efficacement les victimes, en particulier parmi les communautés discriminées sur la base de l’ascendance et du travail (CDWD). Ce passé, pourtant déterminant, est passé sous silence, révélant une volonté d’éluder ses propres responsabilités.

Une posture politique plus qu’une parole de rupture

Derrière cette tribune, difficile de ne pas percevoir une volonté subtile de réinvestir le débat politique en endossant le rôle du « sage expérimenté » qui « avait prévenu ». Mais la politique ne se réduit pas à un rôle d’observateur distant. Prévenir sans agir, critiquer sans proposer, c’est perpétuer l’immobilisme.
Les Mauritaniens n’attendent pas des gestionnaires recyclés du système, mais des ruptures courageuses portées par des acteurs engagés, prêts à transformer le statu quo.

L’inclusivité, condition sine qua non du dialogue 

On ne peut appeler cela un dialogue sérieux si l’on tente ou manigance pour exclure des acteurs légitimes, en particulier Biram Dah Abeid.
L’inclusivité ne doit pas être une concession choisie, mais la base même de toute discussion politique crédible. Sans cela, le dialogue est un arrangement entre initiés, une négociation stérile.

Pourquoi les sujets restent vides ? 

Parce que les vrais concernés sont absents.
Les thèmes comme le passif humanitaire, l’esclavage ou l’unité nationale paraissent « vides » parce que ceux qui les portent réellement sont maintenus à l’écart. Les victimes, les discriminations et les violences systémiques sont toujours là, mais les salles de conférence où l’on débat sont peuplées d’initiés déconnectés.

Ce qu’il faut exiger, aujourd’hui :

Une inclusivité totale, sans discrimination politique ou communautaire

La priorisation des sujets de fond : passif humanitaire, égalité réelle devant la citoyenneté, justice transitionnelle, refondation de la structure chargée des élections.

Un calendrier contraignant assorti de mécanismes de suivi indépendants.

Une supervision internationale impartiale pour garantir la transparence.

Conclusion 

Entre lucidité partielle et posture politique

Cette tribune de Maître Bouhoubeyni porte une forme de lucidité, mais aussi une posture ambiguë. Le pays n’a pas besoin d’oracles tardifs ou d’arbitres autoproclamés. Il réclame du courage, des propositions concrètes, des ruptures assumées, et surtout le respect de la souveraineté populaire exprimée par les urnes.
Si le dialogue politique reste un cercle fermé, réservé aux anciens habitués, il reproduira la même farce que celle que l’auteur prétend dénoncer.
Ne cherchons pas des lumières individuelles. Cherchons ensemble des solutions collectives







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Journalistes et politiques: des rôles complémentaires pour la démocratie !

Dans les systèmes démocratiques, la relation entre journalistes et responsables politiques repose sur une complémentarité fondamentale. Les premiers ont pour mission de recueillir, vérifier et diffuser l’information ; les seconds, d’élaborer et de mettre en œuvre les politiques publiques. Cette interaction nourrit le débat citoyen et assure la transparence de l’action publique. Lorsqu’elle est absente ou déséquilibrée, la qualité de la vie démocratique s’en trouve affectée.


Le rôle du journaliste dans l’espace public

Le journaliste se définit comme un médiateur entre le pouvoir et les citoyens. Sa fonction ne se limite pas à rapporter des faits : il contextualise, questionne et parfois confronte les responsables politiques. Cette démarche contribue à garantir le droit fondamental du public à l’information, reconnu par de nombreux textes internationaux, notamment l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui stipule le droit de « recevoir et de répandre des informations et des idées par quelque moyen d’expression que ce soit ».

Dans la pratique, l’entretien journalistique avec un responsable public constitue l’un des outils les plus efficaces pour rendre compte des décisions politiques, mais aussi pour permettre aux citoyens de saisir les motivations et les objectifs de leurs dirigeants.

Une situation déséquilibrée en Mauritanie
En Mauritanie, plusieurs observateurs notent que le dialogue entre les politiques et la presse locale demeure limité. Beaucoup de responsables privilégient les canaux directs comme les communiqués sur les réseaux sociaux, ou encore les interviews accordées à des médias internationaux. Ce choix, bien qu’il renforce leur visibilité extérieure, a pour effet de marginaliser la presse nationale.

Les médias mauritaniens, qu’ils soient arabophones ou francophones, se trouvent ainsi souvent privés d’accès direct à la parole politique. Des enquêtes réalisées par des syndicats et associations de journalistes ont mis en évidence cette frustration : certains estiment que cette situation empêche la presse nationale de remplir pleinement son rôle d’information et d’analyse, ce qui fragilise son développement et son indépendance économique.

Les enjeux pour la presse nationale

La vitalité d’un secteur médiatique repose en partie sur l’accès aux acteurs publics. En limitant ce dialogue, les responsables politiques risquent d’affaiblir la presse mauritanienne, déjà confrontée à des défis importants : ressources limitées, concurrence des réseaux sociaux, et dépendance financière.

Accorder plus systématiquement des interviews à des médias locaux contribuerait à :

renforcer la crédibilité et la légitimité de la presse nationale ;

encourager la pluralité des points de vue et la diversité des débats ;

rapprocher la classe politique des citoyens, en rendant leurs choix plus intelligibles.

 

Préserver la complémentarité entre politique et journalisme

Le rôle de la presse n’est pas de s’opposer systématiquement au politique, mais d’interroger et d’éclairer. Pour les responsables publics, accepter de collaborer avec les journalistes nationaux ne doit pas être vu comme une contrainte, mais comme une exigence démocratique et institutionnelle.

La complémentarité est claire : le politique agit, le journaliste observe et restitue. Sans cette interaction, l’espace démocratique se réduit, et le citoyen risque de s’informer par des canaux moins fiables.
Tout ça pour dire : 
La démocratie repose sur une circulation équilibrée et transparente de l’information. En Mauritanie comme ailleurs, il est essentiel que les dirigeants reconnaissent l’importance de leur presse nationale et privilégient ses demandes d’accès. Loin d’être un simple relais, le journalisme est un acteur structurant de la vie publique. En refusant de dialoguer avec lui, les responsables politiques se privent d’un outil de communication essentiel et contribuent, involontairement, à fragiliser l’édifice démocratique.

Abdoulaziz DEME 
Rouen le 29 Août 2025

31/08/2025