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Soudan du Sud :quinze ans d’indépendance, 70 milliards de dollars de pétrole et un PIB par habitant divisé par trois

Mercredi 24 Juin 2026

Indépendant depuis 2011 et ayant produit une valeur brute pétrolière estimée à près de 70 milliards de dollars, le Soudan du Sud n’a pour autant pas bâti d’État solide. Un paradoxe lisible sur le PIB par habitant divisé par trois et des services publics exsangues.


Soixante-dix milliards de dollars. C’est la valeur brute estimée du pétrole sud-soudanais produit depuis l’indépendance de 2011 jusqu’en 2026, calculée année par année à partir des données de production de l’Agence américaine d’information sur l’énergie, l’EIA, des estimations disponibles et des prix du Brent.

Ce chiffre ne correspond pas à l’argent réellement arrivé dans les caisses publiques. Il s’agit d’une valeur théorique avant frais de transit, parts des opérateurs, remboursements, coûts de production et mécanismes opaques. Mais il donne l’ordre de grandeur du scandale.

Car dans le même temps, la population ne s’est pas enrichie. Le PIB par habitant, qui dépassait 1 400 dollars au moment de l’indépendance selon les séries de la Banque mondiale, tourne désormais autour de 488 dollars, selon les dernières estimations du FMI pour 2026. En quinze ans, l’indicateur a donc été divisé par près de trois.

Le Soudan du Sud reste aussi classé au dernier rang mondial de l’Indice de développement humain du PNUD. Dans son tableau 2025, le pays apparaît à la 193e place, avec un IDH de 0,388.

La Commission des droits de l’homme de l’ONU le résume brutalement : la manne pétrolière n’a répondu ni aux besoins essentiels des Sud-Soudanais, ni à la promesse d’infrastructures qui avait accompagné l’indépendance. Elle estime que les flux pétroliers publics identifiés ont dépassé 25,2 milliards de dollars depuis 2011, sans que cette richesse atteigne réellement les services de base.

Le brut, presque tout le budget

Le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud devient le 193e État membre des Nations unies. Le pays naît avec une ressource stratégique : ses champs pétroliers représentent alors près des trois quarts de la production de l’ancien Soudan unifié. Dès la première année, les revenus pétroliers constituent l’écrasante majorité du budget national.

Le premier choc intervient dès janvier 2012. En conflit ouvert avec Khartoum sur les frais de transit et les accusations de saisie de brut sud-soudanais, Juba arrête presque totalement sa production pétrolière. Le pays se prive alors de l’essentiel de ses revenus pendant plus d’un an. La reprise commence en 2013, mais la guerre civile déclenchée fin 2013 empoisonne durablement la gestion du secteur.

La production ne retrouvera jamais les niveaux de l’indépendance. L’EIA l’évaluait encore à environ 149 000 barils par jour en 2023. En 2024, les perturbations liées à la guerre au Soudan voisin ont encore fragilisé les exportations. Le Soudan du Sud possède le pétrole, mais dépend toujours des oléoducs soudanais vers Port-Soudan pour le vendre.

Le paradoxe sud-soudanais

Indicateur 2011 2026 / dernière donnée disponible PIB par habitant plus de 1 400 dollars environ 488 dollars.
Dépendance au pétrole quasi totale dans le budget toujours centrale
Développement humain pays neuf riche en pétrole dernier rang mondial du PNUD
Même en tenant compte des coûts, des frais dus au Soudan, des parts revenant aux opérateurs et de la chute de production, le volume de richesse généré reste colossal. Mais cette richesse n’a pas produit d’État solide, ni de services publics fonctionnels, ni de baisse massive de la pauvreté.

Oil for Roads : 2,2 milliards de dollars, des routes fantômes

Le scandale le plus parlant reste celui du programme Oil for Roads. Présenté comme un mécanisme simple, presque vertueux, il devait transformer le brut en infrastructures : du pétrole contre des routes. Dans les faits, il est devenu l’un des symboles les plus spectaculaires de la captation de la rente.

Selon le rapport de la Commission des droits de l’homme de l’ONU publié en septembre 2025, le programme a absorbé environ 2,2 milliards de dollars entre 2021 et 2024. Mais les routes, elles, n’ont presque pas vu le jour : seuls 105,6 kilomètres de routes pavées et peintes ont été achevés sur plus de 2 300 kilomètres attendus, soit moins de 5 % du programme.

Le plus choquant n’est pas seulement le montant englouti. C’est l’impunité. Des milliards ont été orientés vers des sociétés liées à une poignée d’acteurs proches du pouvoir, tandis que routes, hôpitaux et écoles restaient à l’état de projet et que des fonctionnaires étaient payés avec des mois de retard. Très peu de responsables ont eu à rendre des comptes. Et aucun mécanisme crédible n’a permis de récupérer, à l’échelle du préjudice, les sommes détournées ou captées.

La logique est connue : l’argent public disparaît, les infrastructures ne sortent pas de terre, mais les bénéficiaires des circuits opaques peuvent mettre leurs familles et leurs fortunes à l’abri, à Dubaï, Nairobi ou ailleurs. Pendant ce temps, la population reste face à des routes inachevées et à un État qui dépend encore de l’aide internationale pour financer ses services de base.

Des recettes préemptées avant les services publics

Les prêts adossés au brut ne sont qu’un élément du système, mais ils aggravent la mécanique. L’État obtient de l’argent immédiatement, puis rembourse plus tard en cargaisons de pétrole. Lorsque le brut sort du sol, il ne finance plus  la santé, l’éducation ou les salaires : il sert à éteindre une dette ou un engagement déjà pris.

La transparence budgétaire a suivi la même trajectoire. Les rapports publics du ministère du Pétrole disponibles en ligne s’arrêtent à la période juin 2020-mai 2021. La Banque mondiale a, elle aussi, alerté sur les ventes avancées de brut, les prêts adossés au pétrole et les pertes importantes qu’ils entraînent pour les finances publiques.

Ce que la population reçoit

Voilà le véritable bilan : 70 milliards de dollars de valeur brute produite depuis 2011, mais un PIB par habitant divisé par près de trois ; une rente nationale massive, mais des services publics inexistants ou financés par les donateurs ; un pays riche en pétrole, mais une population massivement dépendante de l’aide humanitaire.

Dans sa Public Finance Review 2026, la Banque mondiale souligne que les dépenses publiques de  santé sont tombées à 0,2 % du PIB en 2024, contre 0,6 % en 2022, tandis que l’éducation représente moins de 1 % du PIB. Ce sont ces chiffres qui donnent au scandale sa vraie dimension : la richesse a existé, mais elle n’a pas construit l’État.

Pourquoi l’indépendance ?

Le drame sud-soudanais est d’autant plus profond qu’il touche au sens même de l’indépendance. Le 9 juillet 2011, des millions de Sud-Soudanais ont cru voir se refermer des décennies de guerre, de marginalisation et de domination depuis Khartoum. L’indépendance devait rendre au peuple le contrôle de sa terre, de son pétrole et de son destin.

Quinze ans plus tard, la question est terrible : pourquoi tant de combats, tant de morts, tant d’espoirs, pour voir une nouvelle élite reproduire les mécanismes de prédation contre lesquels le pays disait s’être libéré ?

La souveraineté  politique a été acquise. Mais la maîtrise des ressources et le contrôle des institutions restent captifs des mêmes logiques d’accaparement, avec d’autres acteurs, sous d’autres noms. La Commission des droits de l’homme de l’ONU décrit un pays capturé par une élite prédatrice ayant organisé le pillage systématique de la richesse nationale. Quinze ans d’enquêtes permettent désormais de comprendre comment un pays a pu produire autant de pétrole et laisser sa population aussi pauvre.
 

Par Consortium Afrique Justice







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Passif Humanitaire : l’UFP pour une justice transitionnelle

Le Passif humanitaire en Mauritanie, est un euphémisme, qui désigne de graves crimes perpétrés sous la responsabilité des services d’un état, qui a pleinement usé de ses prérogatives de puissance publique, contre des citoyens, ciblés en raison de leur appartenance communautaire.

Ce concept, recouvre des faits criminels, véritables troubles à l’ordre public national et international, commis entre 1989 et 1991 : expulsions massives de populations issues de la communauté négro africaine, vers le Sénégal et le Mali, exécutions extra judiciaires de plusieurs centaines de militaires dans différentes garnisons, tortures, spoliation des terres dans la vallée du fleuve, pertes d’emplois touchant des agents de l’état et du privé.
Pour solder les comptes sanglants  de cette période et refermer, une page douloureuse de l’histoire de la Mauritanie, l’Union des Forces de Progrès (UFP), à travers la voix du Pr Lô Gourmo, vice-président, avocat au barreau de Nouakchott, propose la formule de la justice transitionnelle. 

PASSIF HUMANITAIRE : POURQUOI LA JUSTICE TRANSITIONNELLE PLUTÔT QUE LA JUSTICE ORDINAIRE ?

Intervention de Gourmo Abdoul Lô- Conférence- Débat de l'UFP du 12 juillet 2026

Mesdames et Messieurs,

La question que je voudrais évoquer rapidement ici aujourd'hui est  fondamentale.

Pourquoi parler de justice transitionnelle ? Pourquoi ne pas laisser la justice ordinaire faire son travail ?

Après tout, lorsqu'un crime est commis, la réponse normale est de saisir les tribunaux, d'identifier les responsables et de les juger. C'est le principe même de l'État de droit.

Mais le passif humanitaire mauritanien n'est pas une affaire pénale ordinaire.

Il ne s'agit pas d'une serie continue d'actes et de faits d'une gravité extrême commise certes par des individus mais dans le cadre et dans le contexte d'une politique d'Etat, explicite ou implicite dirigée contre des citoyens mauritaniens en raison de leur appartenance identitaire. Ces actes ne sont donc pas  isolés; ils ne sont pas non plus de simples  abus de pouvoir commis par des agents publics.

Nous sommes face à une succession de violations graves des droits humains : exécutions extrajudiciaires, disparitions forcées, expulsions, déportations, spoliations, discriminations et destructions de vies humaines. Ces actes se sont produits dans un contexte où des institutions de l'État ont été impliquées.

Autrement dit, nous sommes devant une crise nationale, et non devant une simple addition de dossiers judiciaires.

C'est précisément dans ce type de situation que la justice transitionnelle trouve sa raison d'être.

La justice ordinaire cherche avant tout à répondre à une question : qui est coupable ?

La justice transitionnelle pose une question plus large : comment notre pays a-t-il pu en arriver là, et que devons-nous faire pour que cela ne se reproduise jamais ?

Elle ne remplace pas la justice pénale. Elle se situe sur un tout autre plan de jugement. L'Etat qui assume la pleine responsabilité des crimes commis en son nom ou sous son couvert cherche et trouve avec les victimes les conditions les plus avantageuses pour la paix sociale et la satisfaction pleine et entière des victimes sans s'enferrer dans l'impasse des règles et procédures formelles souvent inadaptées de la justice ordinaire.

Elle ne se focalise pas  sur la  la sanction pénale présente et valorise pour sa part, quatre dimensions essentielles : la vérité, la réparation, la mémoire et les garanties de non-répétition.

La première exigence est la vérité.

Les victimes ont le droit de savoir ce qui s'est réellement passé.

Les familles ont le droit de connaître le sort de leurs proches.

Le pays a le droit de connaître son histoire.

Sans vérité, il n'y a ni confiance ni réconciliation.

La deuxième exigence est la reconnaissance.

Les victimes ne demandent pas seulement des indemnisations.

Elles demandent que la Nation reconnaisse publiquement qu'une injustice leur a été infligée ainsi que le prescrit notre sainte réligion.

Cette reconnaissance est parfois plus importante encore que la réparation matérielle.

La troisième exigence est la réparation.

Réparer, ce n'est pas acheter le silence.

C'est restituer des droits, réhabiliter des personnes, réparer des préjudices, rendre leur dignité aux victimes et à leurs familles.

Enfin, la quatrième exigence est la non-répétition.

Une société responsable ne regarde pas seulement le passé.

Elle réforme ses institutions pour empêcher que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

C'est pourquoi une véritable justice transitionnelle comporte aussi un volet portant sur des réformes institutionnelles : une justice indépendante, une administration impartiale, des forces de sécurité respectueuses des droits de tous et une lutte résolue contre toutes les formes de discrimination.

Je voudrais également dissiper un malentendu.

Justice transitionnelle ne signifie pas impunité.

Elle ne signifie ni oubli, ni amnistie automatique, ni pardon imposé.

Au contraire.

La justice transitionnelle refuse de réduire un drame national à quelques procès pénaux.

Elle cherche à traiter l'ensemble du problème, en mettant en avant les droits des victimes, en promouvant leur accord ainsi que les intérêts de la nation entière.

Il faut également éviter une autre erreur : celle de la culpabilité collective.

Les responsabilités sont individuelles dans la commission des faits à la connaissance desquels les victimes et l'ooinion ont droit. La redevabilité elle, relève de l'Etat qui assume les conséquences de son instigation ou de ses négligences coupables. 

Aucune communauté, aucune ethnie, aucune région ne doit porter le poids des crimes commis par certains de ses membres.

Le but n'est pas de diviser davantage les Mauritaniens.

Le but est de rétablir la vérité afin de reconstruire durablement l'unité nationale.

À mes yeux, la vraie question n'est donc pas : justice ordinaire ou justice transitionnelle ?

La vraie question est : comment construire une justice capable de répondre à la gravité exceptionnelle du passif humanitaire ?

La réponse est claire.

Nous avons besoin d'une justice transitionnelle qui intègre les principes et les valeurs de la justice ordinaire sans être paralysée par ses procédures ou ses assertions vengeresses.

Une justice qui établisse la vérité.

Une justice qui reconnaisse les victimes.

Une justice qui se fonde sur la responsabilité principale de l'Etat.

Une justice qui répare.

Une justice qui réforme les institutions.

Une justice qui garantisse que plus jamais notre pays ne revive de telles tragédies.

Mesdames et Messieurs,

La paix durable ne se construit ni sur l'oubli ni sur le déni.

Elle se construit sur la vérité.

Elle se construit sur la justice.

Elle se construit sur la reconnaissance des victimes.

Et elle se construit sur la volonté collective de faire en sorte que de telles tragédies ne puissent plus jamais se reproduire.

C'est pourquoi je suis convaincu que la justice transitionnelle n'est pas une justice d'exception. Elle est une justice de compromis. C'est pour cela que notre parti, l'UFP préconise une entente directe entre l'Etat et les victimes et soutient la mise sur pied d'une Commission Nationale de Réglement du Passif humanitaire, composée de ces deux principales parties auxquelles s'adjoindront des personnalités indépendantes connues pour leur sagesse et représentatives des composantes du pays.

Car, ainsi pourrait s'établir le préalable de de notre justice transitionnelle qui, ainsi sera la forme de justice  la plus adaptée aux circonstances lorsque c'est toute une Nation qui doit guérir de son passé.

Je vous remercie.

12/07/2026