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Mauritanie: Moulaye Najim prend les rênes de la presse francophone en Mauritanie

Mardi 14 Avril 2026

Moulaye Najim Moulaye Zeine élu à la tête de l’UPF-Mauritanie : le pari de la relance de la presse francophone


Nouakchott – La presse francophone mauritanienne tourne une nouvelle page. Réunie à l’hôtel MauriCentre, à Nouakchott, l’assemblée générale ordinaire de la section mauritanienne de l’Union internationale de la presse francophone (UPF) a porté à sa tête le journaliste Moulaye Najim Moulaye Zeine.
L’élection s’est déroulée sous la supervision d’un présidium composé des journalistes Kissima Diagana et Mohamed Chighali. Dans une atmosphère marquée par le consensus et la transparence, le nouveau bureau a été élu 98% . Seuls les journalistes détenteurs de la carte UPF 2026 étaient autorisés à prendre part au scrutin.
Le vote, largement acquis au nouveau président, traduit la volonté des membres de confier la section à une figure connue et reconnue du paysage médiatique mauritanien.
Une figure de la presse mauritanienne
Directeur du groupe de presse 6ème Sens Communication, Moulaye Najim Moulaye Zeine dirige plusieurs médias arabophones et francophones. Son groupe édite notamment quatre organes de presse, ainsi que le site implacable d’information « Points Chauds » et « L’Essentiel de Points Chauds », considéré comme l’unique magazine en couleur publié en Mauritanie depuis 26 ans et diffusé dans plusieurs pays de la sous-région.
Le nouveau président de l’UPF-Mauritanie n’est pas seulement un patron de presse. Il est également une figure engagée du journalisme mauritanien. Président du Syndicat des éditeurs de la presse mauritanienne, secrétaire général du projet de la Maison de la presse mauritanienne, il est aussi connu pour son parcours de journaliste d’investigation.
Ses enquêtes lui ont valu plusieurs démêlés judiciaires. Figure singulière dans le paysage médiatique national, il est l’un des rares journalistes en Mauritanie à avoir été jugé à trois reprises. À chaque procès, il a opposé des preuves solides et détaillées, faisant vaciller les accusations et aboutissant à des acquittements successifs. Cette trajectoire, rare dans le pays, lui a valu l’estime de ses pairs et a consolidé son image de journaliste d’investigation rigoureux, intègre, résolument engagé en faveur de la liberté de la presse, et réputé difficile à affronter.
Un bureau entre expérience et relève
Autour du nouveau président, le bureau élu réunit plusieurs journalistes francophones chevronnés, mais aussi de jeunes professionnels considérés comme les visages de la nouvelle génération de la presse mauritanienne.
Pour les membres de l’UPF, cette composition traduit la volonté d’associer l’expérience des anciens à l’énergie d’une relève appelée à porter la presse francophone dans un environnement médiatique en pleine mutation.
L’hommage du président sortant
Avant le scrutin, le président sortant, Bakary Guèye, a prononcé une allocution dans laquelle il a salué le travail du bureau exécutif sortant.
Il a rappelé que, durant son mandat, plusieurs activités avaient été menées pour maintenir vivante la presse francophone et lui insuffler un nouveau souffle, salué jusque dans les instances supérieures de l’UPF internationale.
« La section Mauritanie a toujours répondu présent aux différentes assises de l’organisation et a maintenu sa présence au niveau national », a-t-il souligné.
Bakary Guèye s’est également dit rassuré par le choix des membres. Selon lui, l’expérience du nouveau président, sa connaissance du secteur et ses capacités à diriger un groupe de presse constituent autant d’atouts pour faire avancer la section.
Dans une déclaration accordée à la chaîne Almourabitoune, le président sortant est allé plus loin :
« Moulaye Najim Ould Moulaye Zeine, qui vient d’être élu, est un candidat qui a pratiquement fait l’unanimité à l’occasion de cette assemblée générale. Ce n’est pas un inconnu. C’est quelqu’un qui est dans la presse depuis plus de 30 ans, qui dirige un groupe de presse très important en Mauritanie et qui est très actif au niveau de la presse mauritanienne. »
Pour Bakary Guèye, le nouveau président apparaît comme « le candidat qu’il faut » à un moment où la presse francophone traverse une passe difficile.
« C’est quelqu’un qui a toujours travaillé avec la section UPF Mauritanie. Maintenant qu’il la dirige, ce sera véritablement une valeur ajoutée », a-t-il ajouté.
Le président sortant a également insisté sur le fait que Moulaye Najim Moulaye Zeine est l’un des rares journalistes mauritaniens autour duquel existe un véritable consensus.
Une lourde tâche nous attend 
Prenant la parole après son élection, Moulaye Najim Moulaye Zeine a remercié les membres de l’organisation pour la confiance qu’ils lui ont accordée.
Il a reconnu hériter d’une mission difficile, dans un contexte marqué par le recul de la presse francophone sur la scène médiatique nationale.
« Je mesure l’ampleur de la tâche et des défis à relever », a-t-il déclaré, avant de dresser un constat sans détour.
Le nouveau président a comparé la situation actuelle de la presse francophone à celle qu’elle occupait il y a encore quelques années.
Selon lui, cette presse de langue française fut longtemps la presse de référence en Mauritanie : une presse d’influence, pionnière, qui assurait près de 95 % de la couverture médiatique nationale.
Aujourd’hui, estime-t-il, elle se trouve reléguée à la marge pour des raisons qu’il juge essentiellement stratégiques.
Face à ce recul, il a appelé à une mobilisation collective afin de rendre à la presse francophone la place qu’elle a perdue.
Il a également exhorté le département de tutelle à mieux impliquer cette presse et à l’accompagner dans sa difficile reconversion.
Le gouvernement promet son soutien
Clôturant les travaux de l’assemblée générale, Issa Ould Yedaly, directeur de la presse écrite au ministère de la Culture, des Arts et de la Communication, également porte-parole du gouvernement, a tenu à préciser que sa présence relevait avant tout d’un rôle d’observateur.
Mais il a tenu à adresser un message d’ouverture aux acteurs des médias.
Selon lui, son département reste disponible et ouvert à l’ensemble des professionnels de la presse, et plus particulièrement à la presse francophone.
« La présence de cette presse est primordiale pour la Mauritanie », a-t-il déclaré.
Pour le responsable gouvernemental, la presse francophone constitue un trait d’union essentiel entre l’Afrique du Nord, l’Afrique subsaharienne et l’espace francophone.
Une manière de reconnaître le rôle singulier que cette presse continue de jouer, malgré ses difficultés, dans un pays à la croisée des mondes arabe, africain et francophone.

Composition du nouveau Bureau Exécutif de l’UPF section Mauritanie

Président : Moulaye Najem Moulaye Zeine

Vice-Président : Bakari Guèye

Secrétaire Général :Malal Samba Guissé

Trésorier Général : Mohamed Ould Sneiba

Chargée du Genre : Rabia Deidah

Chargée des Relations avec les Médias : Hawa Bâ

Chargé de la Communication et de la Formation : Cheikh Aïdara

Chargée de l’Organisation : Aïssata Bâ


Source : Alhaqaiq.info 
Traduction: Points Chauds








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UNE CIRCULAIRE, UN SIGNAL: À PROPOS DE LA NOTE DU NOUVEAU MINISTRE DE LA CULTURE SUR L'USAGE EXCLUSIF DE L'ARABE Gourmo Abdoul Lô

Vingt-quatre heures après sa prise de fonction, le nouveau ministre de la Culture, des Arts, de la Communication et des Relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement, a signé une circulaire. Elle impose à ses services l'usage de l'arabe dans l'ensemble des correspondances et documents adressés à son cabinet, à l'exclusion des autres langues en usage dans le pays. Sont ainsi écartés le pulaar, le soninké et le wolof, langues nationales, ainsi que le français, seconde langue de travail de fait. Une telle célérité ne relève pas de la gestion courante. Tout porte à croire que le ministre arrivait avec ce programme déjà prêt dans ses bagages. Il s'agit d'un acte politique, et il doit être lu comme tel.
Un calendrier qui interroge
Le moment choisi rend cette circulaire d'autant plus provocante. Le pays est à la veille d'un dialogue national dont l'un des sujets clés porte précisément sur le statut des langues nationales : leur égalité ou leur hiérarchisation. Trancher la question par circulaire à quelques jours de ce dialogue revient à préempter le débat. C'est aussi signifier aux participants que les jeux sont faits avant même qu'ils ne s'asseyent à la table. Est-ce crédibiliser l'engagement du Chef de l'Etat et des autres acteurs pour un dialogue inclusif en vue d'une réelle entente nationale?
Le moment est également celui où la Mauritanie a officiellement présenté la candidature de Mme Coumba Bâ au poste de Secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie, à quelques semaines du Sommet de Phnom Penh. La candidate a déjà dû répondre aux interrogations sur le recul du français dans notre pays et sur l'apparente contradiction avec sa candidature. Le porte-parole du gouvernement lui-même vient d'en fournir une illustration éclatante, au plus mauvais moment. Voudrait-il saborder la candidature de Coumba Bâ, il ne s'en serait pas pris autrement.
Le ministre avait-il en tête cette double échéance ? Faut-il voir dans sa circulaire une double réponse : au dialogue national, pour en fermer par avance l'un des chantiers, et à la candidature francophone de son propre pays, pour en affaiblir la portée ? Si tel est le cas, la question devient grave. Un membre du gouvernement peut-il contrarier ouvertement une candidature portée au plus haut niveau de l'État ? Si tel n'est pas le cas, l'incohérence n'en est que plus préoccupante, car elle révèle un gouvernement qui ne parle pas d'une seule voix sur un sujet aussi sensible.
Une décision sans la moindre concertation
Le premier trait de cette circulaire est l'absence totale de concertation. Aucun échange n'a eu lieu avec les cadres du département, avec les acteurs culturels ni avec les professionnels des médias. Les milieux particulièrement concernés par la question linguistique n'ont pas davantage été consultés. Or ce ministère n'est pas un département comme les autres. Par ses missions, il est en première ligne dans la lutte contre les discriminations : la culture, qui doit refléter la diversité du peuple mauritanien ; la communication, qui doit s'adresser à tous les citoyens dans leurs langues ; les relations avec le Parlement, qui touchent à l'expression de la représentation nationale. C'est précisément dans ce département que la prudence et le dialogue s'imposaient le plus. C'est là qu'on a choisi la méthode inverse.
Une rupture avec l'action du prédécesseur
Cette démarche tranche nettement avec celle de l'ancien ministre, El Houssein Ould Medou. Ses efforts en faveur de la réhabilitation et de la promotion des langues nationales, notamment dans les médias publics, ont été salués de tous. En une journée, son successeur envoie un signal contraire. Il faut alors se demander si la politique de l'État en la matière dépend désormais de l'humeur de chaque titulaire du portefeuille. L'action publique ne peut se défaire et se refaire au gré des remaniements sur une question aussi fondamentale pour la cohésion nationale.
Le Parlement, prochain terrain de la bataille des langues ?
L'inquiétude est d'autant plus légitime que ce ministre est aussi chargé des relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement. Or, à l'Assemblée nationale, les quatre langues nationales et le français sont en usage. Cet acquis permet à chaque représentant du peuple de s'exprimer et d'être compris. En toute logique, rien n'interdit de penser que le ministre pourrait chercher à porter la « bataille des langues » jusque dans l'hémicycle. Ce serait toucher au cœur même de la représentation démocratique.
De quel droit, et avec quel mandat ?
Le ministre invoquera sans doute l'article 6 de la Constitution, qui fait de l'arabe la langue officielle. L'argument est plus fragile qu'il n'y paraît. Proclamer une langue officielle est une chose. Définir le régime juridique qui en découle en est une autre. La Constitution pose un principe, mais elle n'en tire aucune conséquence précise. Elle ne dit rien des rapports entre la langue officielle et les autres langues nationales, que le même article reconnaît à égalité de dignité : le pulaar, le soninké et le wolof. Elle ne dit rien non plus du sort d'une langue en usage officiel dans l'administration depuis des décennies : le français.
Car le français n'est pas un simple usage de fait. De nombreux textes nationaux s'y réfèrent ou ont été adoptés et publiés en français : les textes relatifs à l'état civil, nos principaux codes et une large part de l'arsenal législatif et réglementaire. Une pratique administrative constante, appuyée par la loi elle-même, constitue un véritable fondement juridique. Tant qu'aucune loi spécifique n'est venue définir le régime des langues dans l'administration et abroger cet usage, celui-ci demeure. Ce n'est certainement pas une circulaire ministérielle, acte de rang inférieur, qui peut y mettre fin.
Le principe de la hiérarchie des normes ne souffre pas d'exception. Ce qu'une pratique consacrée par la loi a établi, seule la loi peut le défaire. Une telle loi suppose un débat parlementaire, donc une concertation nationale. C'est précisément ce que la circulaire s'est dispensée de faire.
La portée de la mesure dépasse d'ailleurs de loin le cadre d'un seul département. Elle engage la politique linguistique de l'État tout entier. Pourquoi alors ne concerne-t-elle qu'un seul ministère ? Si elle relève de la politique du gouvernement, pourquoi n'a-t-elle pas été prise à l'échelle de l'ensemble des départements, par l'autorité compétente ? Si elle n'en relève pas, le ministre a-t-il agi de sa propre initiative ? A-t-il reçu un feu vert de plus haut ? Dans un cas comme dans l'autre, le gouvernement doit des clarifications à l'opinion.
Un double langage qui décrédibilise toute réforme
Ce sont des actes de cette nature qui ruinent la crédibilité de tout effort sérieux de réforme en matière de cohésion sociale et d'unité nationale. Comment croire aux discours sur le vivre-ensemble quand un membre du gouvernement, au premier jour de son mandat, pose un acte d'exclusion ?
Le français fait en réalité l'objet d'un véritable double langage et d'un double statut. Officiellement, on le relègue et on le marginalise. Dans les faits, il garde une place importante dans le système éducatif. Il reste aussi déterminant dans les examens et concours qui donnent accès aux postes les plus recherchés et les plus techniques de l'administration publique. La langue que l'on prétend écarter des correspondances administratives demeure ainsi une clé de la promotion sociale et professionnelle.
Ce double statut se lit jusque dans les choix de l'élite au pouvoir. Celle-ci se livre à une course effrénée pour que ses enfants suivent des cursus en français, notamment à l'étranger. On prône l'exclusion du français pour les enfants des autres, et on le garantit aux siens. Cette politique ne réduit pas les inégalités. Elle les organise, au détriment de ceux qui n'ont pas les moyens d'échapper aux règles qu'on leur impose.
Pour une véritable souveraineté linguistique
Il est temps de cesser de jouer avec l'avenir de nos enfants et de notre pays. Il faut regarder la réalité en face. La Mauritanie n'a pas besoin d'une guerre des langues. Elle doit conquérir sa pleine souveraineté linguistique. Pour cela, elle doit rompre avec les manœuvres et avec l'instrumentalisation des émotions des uns et des autres.
Cette souveraineté passe par une politique linguistique concertée, issue du dialogue national, définie par la loi et assumée au plus haut niveau. Cette politique doit consacrer l'arabe comme langue officielle de référence comme l'y prédispose la nouvelle loi de l'éducation nationale . Elle doit aussi officialiser le pulaar, le soninké et le wolof, afin que l'égale dignité des langues nationales cesse d'être une simple proclamation et devienne une réalité juridique. Elle doit enfin organiser avec lucidité la place du français et garantir qu'aucun citoyen ni aucun agent public ne soit pénalisé en raison de la langue dans laquelle il a été formé.
Le gouvernement ne peut rester muet et indifférent face à une circulaire ouvertement attentatoire à l'unité nationale. À moins d'admettre qu'il en est le véritable auteur. Auquel cas, qu'à cela ne tienne : qu'il l'assume publiquement, et que chacun en tire les conséquences.
Gourmo Abdoul Lô 20 octobre 2026
 

21/10/2026